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Les deux avionneurs Boeing et Airbus se livrent une féroce bataille depuis des décennies. Et alors que le constructeur européen prend la tête, il est dans son intérêt que cette concurrence subsiste.
Depuis quelques années, les incidents sur les avions Boeing inquiètent passagers et autorités. La porte d’un 737 MAX s’était arrachée en vol début janvier, rappelant les deux crashs du même modèle en 2018 et 2019. Alors, les regards se tournent maintenant vers Airbus qui semble s’envoler seul vers le sommet du marché des avionneurs.
Pourtant, le constructeur européen ne profite pas vraiment des soucis de Boeing. Déjà, car le secteur des avions est « long-termiste ». Ainsi, quitter un constructeur pour en rejoindre un autre n’est pas chose aisée. Le Point révélait par exemple qu’EasyJet avait entamé une transition de Boeing à Airbus dès 2002, mais que le dernier 737 du constructeur américain avait quitté la flotte de la compagnie seulement en 2011.
Un duopole mieux qu’un monopole ?
Et pour Airbus, cette situation est finalement plutôt bonne. Déjà, en profitant de ces temps-longs le constructeur évite de travailler dans l’urgence et d’ainsi accuser un retard dans la livraison de ces commandes. Et aussi, grâce à cette lenteur de transition, Airbus fait survivre le duopole entretenu avec Boeing. Les deux sociétés d’aviation civile y gagnent.
« Si l’on passe d’un duopole quasiment parfait avec des parts de marché à 50-50 à un quasi-monopole, il y aurait probablement une surveillance accrue des prix pratiqués par Airbus par les autorités », constate Xavier Delmas, de ZoneBourse.
Les États-Unis pourraient aussi devenir interventionnistes pour préserver Boeing. L’hypothèse d’aides supplémentaires accordées au constructeur américain et des droits de douane réévalués à la hausse pour Airbus est envisageable. En bref, un duopole est d’autant plus confortable qu’un monopole.
Des carnets de commandes déjà pleins
Aussi, Airbus n’a pas besoin de la chute de Boeing pour remplir ses carnets de commandes. En 2023, le constructeur a livré 735 avions et les futures commandes s’étalent sur une décennie avec plus de 8 500 avions en attente. Les délais de livraison avoisinent actuellement six ans.
Alors, contre-instinctivement, Airbus a même besoin que Boeing récupère des parts de marché pour éviter de crouler sous les commandes. Si le marché de l’aviation civile venait à proposer des délais des constructions trop longs aux compagnies, d’autres acteurs pourraient émerger et bousculer l’équilibre de ce duopole.
C’est le cas de Comac (Commercial Aircraft Corporation of China). Aujourd’hui, son poids reste très léger face aux deux géants Airbus et Boeing, mais ce constructeur pourrait bien leur grappiller des parts de marché et faire entrer l’activité de construction d’avions en oligopole.
La chute de Boeing n’est bonne pour personne
Airbus a donc tout intérêt à voir son principal concurrent se maintenir et revenir dans la course à l’aviation fiable. En 2023, il y a eu plus de 130 accidents recensés sur des Boeing. Ce total dessert évidemment tout le secteur par la méfiance qu’il crée chez le passager.
De plus, Boeing travaille avec de nombreux sous-traitants communs à Airbus. Parmi eux, Latecoere, Safran, Thales, Daher, et Ratier-Figeac pour les entreprises françaises. Si le champion américain venait à s’écrouler, tout le secteur de l’aviation s’en trouverait fragilisé. Too big to fail ?
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