Pourquoi Scholz tend la main à la Russie

Scholz
(Crédits : Shutterstock)

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Lors d’une récente prise de parole au sujet de l’Ukraine, Olaf Scholz a dit « non » à Macron. Plus étonnant, le chancelier a semblé dire « peut-être » au Kremlin.

« Des diplomates au lieu de grenades, telle est la phrase que nous scandons ensemble en direction du Kremlin et de Moscou », déclarait depuis Dresde le chancelier allemand.

En début de semaine dernière, Emmanuel Macron nous disait la mine grave qu’il n’était pas exclu que la France envoyât des « troupes » en Ukraine. Jeudi 29 février, voilà qu’il passait allégrement du tragique au comique, prévoyant cette fois d’aller se baigner dans la Seine à l’occasion des olympiades qu’il prépare avec excitation, imaginant même une cérémonie d’ouverture avec sa muse du moment, Aya Nakamura. Voilà de quoi améliorer sa crédibilité sur le plan international.

Dès le mardi 27 février, le député Renaissance Benjamin Haddad, invité de Pascal Praud, corrigeait déjà la parole présidentielle. Cet ancien salarié de l’Atlantic Council (think-thank dédié à la promotion des intérêts américains) arguait que le va-t-en-guerre, lorsqu’il disait « troupes », voulait surtout faire comprendre « mécaniciens ». Sans rire ! Le pauvre homme a ensuite eu bien du mal à expliquer qu’on pouvait parfaitement discuter avec l’Émir du Qatar (reçu la veille au soir et en grande pompe à l’Élysée) mais qu’il était parfaitement impossible de faire de même avec Vladimir Poutine… Le tout en raison de « valeurs » décidément à géométrie variable.

Non catégorique lancé à l’initiative macronienne

L’embardée d’un président soudain mué en boutefeu est à ranger dans le musée des initiatives macronistes hasardeuses, au même titre que la fameuse « coalition internationale contre le Hamas » promise à Benjamin Netanyahou après le 7 octobre… Et abandonnée depuis à l’état de concept.

De l’autre côté du Rhin, l’initiative élyséenne n’a été que très modérément appréciée. Olaf Scholz, englué dans les difficultés de sa coalition, n’a pour une fois pas tergiversé. Dans un discours solennel le social-démocrate déclara : « En tant que chancelier allemand, je n’enverrai aucun soldat de la Bundeswehr en Ukraine. L’Otan n’est pas – et ne sera pas – partie à la guerre ». Et de conclure son message par la locution « Dabei bleibt es » que l’on pourrait traduire en langue française par « un point c’est tout ».

Olaf Scholz, bien au-delà du seul statu quo, a fait jeudi 29 février au soir un pas supplémentaire en faveur de la paix. Une initiative notable. Lors d’une émission de questions-réponses avec des citoyens, le chancelier allemand a déclaré : « Des diplomates au lieu de grenades, telle est la phrase que nous scandons ensemble en direction du Kremlin et de Moscou ». Il est à noter que le débat se déroulait à Dresde (Saxe) ville martyr lors de la Seconde guerre mondiale et donc acquise à une forte tradition pacifiste.

Un discours qui change la donne

Dans la même émission, Olaf Scholz déclare qu’il exclut de livrer des Taurus, « une arme qui peut atteindre un objectif à Moscou ». Et rappelle que son pays donne déjà beaucoup plus d’armes à l’Ukraine que bon nombre d’autres puissances européennes. Autre sympathique coup de pied de l’âne adressé à Macron.

Il est à noter que le couple franco-allemand, à l’agonie ces dix dernières années, semble décidément appartenir au passé. En effet, le président et le chancelier s’accommodent désormais fort bien de leurs différences mutuelles. Les journaux allemands soulignent d’ailleurs une « dangereuse ère glaciaire » (Bild) ou encore une « bataille d’ego » (Spiegel). Même s’il est probable qu’au seul jeu du narcissisme, Emmanuel Macron puisse battre à peu près n’importe lequel de ses homologues.

Les raisons d’une main tendue

Reste donc à comprendre pourquoi Olaf Scholz cherche, sinon à tendre la main à la Russie, du moins à rechercher une résolution du conflit par la voie diplomatique. D’abord, soulignons le caractère historiquement pacifiste du SPD, dont la célèbre Ostpolitik (politique de la main tendue vers l’Est) demeure un élément structurant. Les renseignements allemands, très présents en Ukraine, peuvent également considérer que la situation militaire de Kiev pourrait se dégrader encore. Ainsi, mieux vaudrait ouvrir les négociations au plus vite.

Surtout, nul n’ignore la situation économique particulièrement difficile de l’Allemagne, aujourd’hui en récession durable. Son modèle économique et industriel est terriblement ébranlé par la perte du gaz russe à bas coût, qui constituait un axe capital de son insolent succès des temps jadis. Faut-il souligner que les contrats d’assurance du canal Nord Stream ont été renouvelés par le gouvernement allemand. Ce qui prouve bien la volonté de celui-ci de pouvoir le remettre à moyen terme en état de marche. Comme on dit dans la langue de Goethe : « Der Teufel steckt im Detail ! ». Le diable se cache dans les détails… Et parfois en eaux profondes.

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