L’œil politique – Renaître collectivement par la culture

Renaître
Un nouveau souffle culturel avec Rachida Dati ? (Crédits : Shutterstock)

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Nouvelle ministre, nouvelle ambition. Avec Rachida Dati, le ministère de la Culture revient en force, au centre de ce qu’Emmanuel Macron nomme « le nouveau régalien ».

« C’est notre Constitution qui le dit : « La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à la culture ». Ma nomination ici m’en rend comptable. Je comprends qu’elle puisse surprendre mais elle répond à un besoin. Le besoin de la France populaire de se sentir représenter. Par mon parcours, je l’incarne. La culture c’est un combat de tous les jours, dans un monde où les défis sont nombreux » – Rachida Dati, ministre de la Culture, le 12 janvier 2024.

Des cours de théâtre obligatoires pour les collégiens et lycéens. La mesure, paraît-il, a de quoi faire sourire. Les beaux esprits parisiens se gaussent. Au café de Flore, on fait la moue. Ce ne serait pas très sérieux, quasiment homéopathique, pour ne pas dire inutile et frivole. Encore une mesure cache-sexe, gadget destiné à dissimuler l’inaction du beau-parleur élyséen ? Ceux-là n’ont pas compris que cette mesure est sans doute la plus importante prise par Emmanuel Macron en matière éducative, en dehors du dédoublement des classes de CP, véritable succès qu’il faut mettre à son crédit.

Oui, mille fois oui, offrons le théâtre à tous les jeunes. Cessons d’ailleurs de catégoriser la jeunesse selon qu’elle vienne de Paris, des fameuses « banlieues » dont on nous rebat les oreilles, des zones pavillonnaires, côtières, montagnardes, ultra-marines ou rurales. Il y a la jeunesse de France, une et indivisible, partout guettée par le même abrutissement général que rêve d’instiller en elle la société de consommation perverse, directement commandée depuis les États-Unis d’Amérique.

Vers une génération théâtre

Molière, Corneille, Racine. Rostand, Claudel, Montherlant. Et tous les autres. Voilà les remèdes qui permettront à la nouvelle France de sortir de l’ornière. Oui, la jeunesse doit s’exprimer sur scène et déclamer les textes des grands auteurs : voilà comment elle s’appropriera enfin l’âme nationale. Impressionnée par la flamboyance des mots, immergée dans le génie scénique, réalisant enfin cette catharsis dont on l’a si longtemps privée ; elle mettra de côté l’action violente qui est parfois sa tentation. Nous devons lutter de tout notre saoul contre le péril de la modernité, qui fabrique si l’on n’y prend pas garde des individus déroutés, abêtis et dangereux, uniquement guidés par leurs pulsions. L’homme occidental peut se muer en zombie si on ne le réchauffe pas à l’inaltérable soleil de la culture.

Oui, le théâtre pour tous est un rêve accessible. Il y aura alors, dans chaque établissement du pays, la possibilité d’une rencontre avec l’âme.

Une ministre qui monte au front

Rachida Dati aura pour mission de lutter contre le terrible symptôme du « ce n’est pas pour moi ». Ce beau visage de la réussite française découvrit les bonheurs de la lecture par le truchement du bibliobus. Elle sait le ressenti vécu par tant de Français (et pas seulement dans les banlieues) qui s’imaginent que les grandes œuvres de l’esprit ne leur sont pas destinées, qu’elles sont l’apanage d’une certaine élite.

Tout juste nommée, la ministre courage a réservé au château de Fontainebleau sa première visite officielle, désireuse, malgré le froid, de saluer les splendeurs de la France éternelle. Avant, dans un deuxième temps, aux côtés d’Emmanuel Macron, d’aller à la rencontre des jeunes de Seine-Saint-Denis. C’était aux Ateliers Médicis de Clichy-sous-Bois. L’occasion pour l’homme de l’Élysée, ravi de pouvoir profiter de la popularité éclatante de sa ministre, d’insister sur « l’émancipation », valeur dont il veut faire l’épine dorsale de son second et dernier mandat.

Ne soyons pas naïfs : la culture ne règlera pas tout. Mais ne soyons pas davantage cyniques : sans elle, rien ne sera possible. Voilà un combat salvateur qui mérite d’autant plus d’être mené qu’à dire le vrai il ne réclame pas de conséquents moyens. Il faut surtout une volonté féroce. Et alors nous pourrons donner tort à l’écrivain nazi Hanns Johst, qui déclarait : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver ». Une citation qui convient aux extrémistes et totalitaires de tous poils.


Les perles de la politique

Crédits : INA

Culture : ce qu’en disait le Général · Le 18 avril 1964, lors de l’inauguration de la Maison de la Culture à Bourges, le Général de Gaulle prononçait un mémorable discours aux côtés de son fidèle André Malraux. « La culture, dans notre monde moderne, ce n’est pas seulement un refuge et une consolation au milieu d’un temps qui est essentiellement mécanique, matérialiste et précipité. C’est aussi la condition de notre civilisation, parce que, si moderne qu’elle puisse être, et plus moderne encore qu’elle doive être, c’est toujours l’esprit qui la commandera. L’esprit, c’est-à-dire la pensée, le sentiment, la recherche et les contacts entre les hommes. C’est pourquoi, encore une fois, la culture domine tout. Elle est la condition sine que non de notre civilisation d’aujourd’hui, comme elle le fut des civilisations qui ont précédé celle-là ».

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