Outre-mer
Saint-Pierre, en Martinique. (Crédits : Shutterstock)

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La récente crise en Nouvelle-Calédonie prouve à quel point les Outre-mer ont été les grands oubliés de la politique d’Emmanuel Macron.

La France s’enorgueillit souvent – ô combien à raison – d’avoir le deuxième domaine maritime du monde. Il ne faudrait pas oublier que c’est grâce aux Outre-mer !

Ils s’appellent Annick Girardin, Sébastien Lecornu, Yaël Braun-Pivet, Jean-François Carenco, Philippe Viguier et Marie Guévenoux, l’actuelle titulaire du poste. Leur point commun ? Ils ont été ministre des Outre-mer depuis 2017. Nous n’aurons pas la cruauté de remonter plus loin dans l’Histoire et de citer les Victorin Lurel, George Pau-Langevin, Marie-Luce Penchard ou Jean-Jack Queyranne (liste non-exhaustive).

Le ministère des Outre-mer a la réputation d’être mission impossible autant que siège éjectable. Une fois sur deux, il échoit à une personnalité qu’on n’a pas su « caser » ailleurs. Une sorte de lot de consolation pour apparatchik en déroute. Yaël Braun-Pivet n’occupa ce ministère qu’un minuscule petit mois, entre mai et juin 2022, avant de filer à l’anglaise en direction du perchoir de l’Assemblée nationale, dès que l’occasion se présenta. Quelle considération pour nos compatriotes ultra-marins ! L’actuelle locataire de l’hôtel de Montmorin, Marie Guévenoux, est une députée des Yvelines, professionnelle de la politique dont on ne connaissait aucun intérêt particulier pour les Outre-mer avant sa nomination.

Un ministère le plus souvent sous les radars

De temps en temps, on le confie à une personnalité ultra-marine, mais ce n’est pas forcément plus simple, car les rivalités sont nombreuses entre ces territoires. Un ministre guadeloupéen sera vite accusé par la Martinique ou la Réunion de vouloir « favoriser » son île natale. Et puis parfois, il arrive qu’une personnalité se démarque positivement. Sébastien Lecornu fut apprécié dans ce « petit Matignon » où l’on touche à tout, le plus souvent loin des radars médiatiques. Ce fut pour lui une véritable rampe de lancement vers le ministère des Armées. François Baroin y fit ses armes en 2005 – malgré sa peur panique de l’avion. Dans les années 80, le RPR Bernard Pons et l’ancien gaulliste rallié à Mitterrand Edgard Pisani eurent à se frotter au dossier calédonien.

Ministère majeur sous la Quatrième république (alors nommé ministère de la France d’Outre-mer et notamment occupé par François Mitterrand, Gaston Defferre ou Pierre Pflimlin) la décolonisation rendit le ministère de l’Outre-mer assez secondaire et beaucoup moins plébiscité. Rien de très alléchant de prime abord pour un politicien ambitieux. Le poste oblige à s’éloigner longtemps et souvent du microcosme parisien et les bonnes nouvelles à annoncer sont plutôt rares, tant l’Outre-mer manque de moyens.

« L’Outre-mer n’est pas la poubelle de la France ! »

De surcroît, le ministère de l’Intérieur est très souvent tenté d’intervenir (les deux ministères sont parfois couplés, comme actuellement avec Gérald Darmanin). Matignon s’arroge pour sa part le dossier calédonien, tradition datée de Michel Rocard et que Gabriel Attal a malheureusement laissée de côté. En bref, le ministre des Outre-mer n’a pas la vie facile.

Babette de Rozières, propriétaire du restaurant « La Case de Babette » à Maule (Yvelines), femme de télévision et fondatrice du salon Sagasdom, dédié à la gastronomie ultra-marine, est une défenseure bien connue de ces territoires. Guadeloupéenne émérite, cette femme qui n’a pas sa langue dans la poche aime à rappeler que « l’Outre-mer n’est pas la poubelle de la France ! ». Voici quelques extraits de l’entretien exclusif qu’elle nous a accordé dans le numéro 110 d’EcoRéseau Business, qui paraîtra très prochainement.

La colère de Babette de Rozières

« Monsieur Macron pense qu’il peut tout décider depuis Paris, avec ses sbires, comme s’il était en territoire conquis. Son déplacement éclair en Nouvelle-Calédonie fut ridicule. Comment le président de la république peut-il estimer régler par un voyage éclair la question calédonienne qui s’est résumé en un serrage de main des officiels sans contact direct avec la population ? On ne peut pas appréhender les choses en quelques heures de survol en hélicoptère. Sa venue n’a donc rien réglé (…) Emmanuel Macron pensait pouvoir empapaouter les Kanaks, les envoûter, mais ce sont des gens de caractère qui ne sont pas serviles », déclare Babette de Rozières à EcoRéseau Business.

Oui, respectons ces territoires et leurs habitants qui sont loin des yeux mais près de nos cœurs ! Ne les traitons pas comme une sorte d’arrière-cour ou de seconde zone. L’Outre-mer n’est pas un coût mais une chance pour la France.


Les perles de la politique

De Gaulle aux Antilles · En 1956, le Général de Gaulle entreprenait un long voyage dans la France des Antilles, entre Guadeloupe et Martinique. Celui qui allait redevenir un an plus tard le capitaine de la France déclarait ceci à Fort-de-France, devant le Conseil général : « Je suis tranquille sur la fidélité, le civisme, le patriotisme des Français de la Martinique… Quand il s’agit de la France, de la liberté, de la grandeur de la mission de la République, nous trouvons tous immédiatement un langage et des sentiments communs. Quand on considère les preuves que la communauté française donne de sa vitalité profonde, on ne peut s’empêcher d’avoir confiance dans l’avenir du pays ».

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