Une ville durable à hauteur d’enfants

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Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

Il y a 30 ans, 60 % des enfants de plus de 6 ans se rendaient à l’école à pied ou à vélo, contre seulement 35 à 40 % aujourd’hui.

Depuis des décennies, nos villes sont conçus pour et autour de la voiture au détriment des espaces verts. Les nouvelles conditions liées au changement climatique avec son cortège de canicules et d’inondations nous contraignent à adapter l’urbanisme et intégrer surtout la place des enfants dans l’espace public. Seulement 10 à 20 % de la surface de nos villes sont consacrés à des places, parcs et squares.

Au début du vingtième siècle, nos grands-parents parcouraient plusieurs kilomètres à pied par jour tandis qu’aujourd’hui, nos enfants sont moins mobiles. Ils sont inaptes à se déplacer seuls à moins de 500 mètres. Il y a 30 ans, 60 % des enfants de plus de 6 ans se rendaient à l’école à pied ou à vélo, contre seulement 35 à 40 % aujourd’hui et près de 50 % accompagnés en voiture par leurs parents.

En alertant sur la sédentarité de nos gamins, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ne se trompe pas : 80 % des enfants ne pratiquent pas suffisamment d’activité physique. L’Institut National de Veille Sanitaire estime que 4 enfants sur 10, âgés de 3 à 10 ans, ne jouent jamais dehors pendant la semaine. Cela nuit à leur bien-être et leur développement car ils ont besoin de liberté physique pour explorer le monde hors de la famille, apprendre et grandir.

Une récente étude « Faire la taille : Pour des territoires à hauteur d’enfants » menée par l’Agence de la transition écologique (Ademe) s’est intéressée aux enfants dans la conception et la gestion des espaces publics en analysant 13 projets d’espaces publics à Rouen, Paris, Aubervilliers, mais aussi Aubenas, Avignon, Juvignac… Des réalisations exemplaires qui ont démontré que la prise en compte des enfants dans les politiques publiques peut s’avérer un formidable levier de transition écologique pour bâtir une ville durable, relationnelle et conviviale.

L’étude a donné la parole aux écoliers et collégiens directement impliqués par les projets. En 2024, Montpellier a lancé son laboratoire « Ville à hauteur d’enfants », un espace qui associe enfants et acteurs locaux pour intégrer les besoins et propositions des plus jeunes dans la gouvernance urbaine. Elle est la première ville française à rejoindre le réseau international « Ville des enfants » qui réunit plus de 200 villes dans 16 pays et qui appelle à une prise en compte  en ce qui concerne la place de l’enfant dans l’espace urbain. Élise Sergent, professeure des écoles à Mancenans dans le Doubs initie depuis plusieurs années ses élèves à une nouvelle forme d’apprentissage : transformer les forêts en salle de classe. Elle a mis en place un jour de classe dans les bois par semaine. D’autres résolutions émergent également afin de favoriser l’intégration de la nature par le biais d’espaces verts et de matériaux durables. Des pays comme le Danemark et la Suisse qui pratiquent cette approche de « l’école dehors » enregistrent des améliorations en termes de comportement et en résultats scolaires. Le lien constant avec la nature joue un rôle essentiel dans le développement de  l’autonomie et le rapport que les enfants tissent au vivant.

« L’appropriation d’un espace par les enfants est un excellent signal d’aménagement réussi car il répondrait à de nombreux enjeux de conception et de gestion des espaces urbains, en termes de sécurité, de signalétique, d’accessibilité, d’abaissement des vitesses, de santé, de nature en ville, d’espace de rencontre… Prendre en considération les plus vulnérables, que ce soient les enfants, les seniors ou les personnes en situation de handicap, devrait constituer la norme de l’aménagement », précise Christelle Bortolini, chargée de mission au Pôle Aménagement des Villes et des Territoires  de l’Ademe.

L’enfance correspond à un moment intense de socialisation comme un processus d’apprentissage du vivre en société et la ville est le lieu de cet apprentissage. Il est temps que l’enfant devienne une préoccupation et une inspiration pour la ville durable.

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