Santé mentale
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TRIBUNE. Julia Néel Biz, cofondatrice et CEO de teale, appelle les candidats à la présidentielle à s’engager dès maintenant en faveur d’une politique décennale de santé mentale, avant que la parenthèse « Grande Cause » ne se referme.

En 2025, la santé mentale est devenue Grande Cause nationale. En 2026, le gouvernement a choisi de la prolonger : un geste rare, qui mérite d’être pris au sérieux. Mais une Grande Cause n’est pas une politique. Elle donne de la visibilité ; elle ne donne pas de cap. Elle s’arrêtera, et la prochaine déplacera mécaniquement l’attention. Si la santé mentale n’a pas, d’ici là, trouvé un ancrage qui dépasse le calendrier d’une mobilisation annuelle, elle redeviendra un sujet parmi d’autres : présent dans les discours, absent des arbitrages budgétaires. Le premier tour de la présidentielle est fixé au 11 avril 2027 : c’est maintenant que les convictions s’installent. Nous demandons aux candidats de s’engager, dès aujourd’hui, sur une politique décennale de santé mentale, à la hauteur du Plan cancer lancé par Jacques Chirac en 2003.

Faire compter ce qui ne l’est pas. Le burn out n’apparaît dans aucun tableau de maladie professionnelle : tant qu’il n’est pas compté, il ne peut être ni soigné, ni prévenu, ni budgété. Le sujet est déjà sur la table : une mission d’information sénatoriale planche, depuis février 2026, sur les conditions de sa reconnaissance comme maladie professionnelle. Nous demandons que ces travaux aboutissent, et que le burn out soit reconnu comme maladie liée au travail, au même titre que les troubles musculo-squelettiques. Nous demandons aussi un index annuel public de santé mentale, un thermomètre national comme il en existe pour l’économie ou le climat : teale le mesure depuis trois ans avec l’échelle de l’OMS, à 51 sur 100 en 2025, tout juste au-dessus du seuil de vigilance. Notre conviction est claire : on ne pourra améliorer que ce que nous nous engagerons collectivement à mesurer. Un système de bonus-malus, assis sur une cotisation qui existe déjà pour les accidents du travail, permettrait de flécher des moyens vers la prévention, chaque euro investi en préserve 4,40 euros, selon notre étude d’impact.

Former et outiller, de l’école à la vie active. La santé mentale ne commence pas le jour de l’embauche. 60 % des étudiants présentent aujourd’hui des signes de détresse psychologique, contre 36 % dans la population générale, selon le baromètre que nous avons publié avec Ipsos et l’Iéseg en 2025. Nous demandons un module de santé mentale obligatoire dans l’enseignement supérieur. Côté entreprise, aucun manager ne devrait prendre ses fonctions sans avoir appris à repérer la souffrance au travail, la sienne et celle de son équipe : 76 % des salariés se disent aujourd’hui en situation de stress. Nous appelons enfin à la création de labels publics, Employeur engagé, École engagée, Institution engagée, pilotés par une coalition d’acteurs institutionnels, et non par les acteurs privés du secteur, teale comprise.

Ne pas laisser l’IA au bord du chemin. L’intelligence artificielle est déjà un acteur de la santé mentale : en 2025, « thérapie et soutien émotionnel » est devenu le premier cas d’usage de l’IA générative dans le monde (HBR, 2025) et en France, 58 % des étudiants se tourneraient vers un outil d’IA en cas de souffrance psychologique, au même niveau qu’un psychiatre ou un psychologue. (Baromètre teale/Iéseg/Ipsos, 2025).

La question n’est plus de savoir si elle doit y trouver une place : elle l’a déjà prise. Il faut l’encadrer, ancrage scientifique, supervision clinique, protocoles d’escalade vers des professionnels humains, et surtout mesurer son impact dans la durée. Notre baromètre, réalisé avec Tomorrow Theory et le Dr Justine Massu, le montre : l’IA ne dégrade pas, à ce stade, le bien-être psychologique global des actifs, mais elle mine déjà, chez près d’un quart d’entre eux, le sentiment d’utilité et l’estime de soi. On célèbre l’IA comme une révolution technologique ; on ne la regarde presque jamais comme un sujet de santé publique.

Une responsabilité qui s’anticipe. Le Royaume-Uni vient de lancer, en mai 2026, une stratégie nationale de santé mentale sur dix ans. La France, qui a inventé le Plan cancer, ne peut pas se contenter de suivre quand elle pourrait montrer la voie. Ce que nous demandions hier à un gouvernement en exercice, nous le demandons aujourd’hui à ceux qui s’apprêtent à lui succéder : la responsabilité ne se transmet pas avec le pouvoir, elle s’anticipe.

Engagez-vous, dès maintenant, sur une politique décennale de la santé mentale.

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