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Par Alexandre Saboundjian, CEO de la plate-forme Winamp, logiciel de lecture multimédia.
La question de la rémunération des artistes dans l’industrie musicale est aujourd’hui plus d’actualité que jamais et il est nécessaire de transformer ce système déséquilibré. Il est également urgent d’ouvrir le débat sur l’avenir du modèle économique de la musique, un défi auquel les artistes et les plates-formes de streaming ne peuvent plus échapper.
Un modèle de streaming à bout de souffle
Le constat est sans appel : le streaming musical ne garantit pas une juste rémunération aux artistes. Emmanuel Macron lui-même l’a souligné en qualifiant le système actuel de « biaisé » et les chiffres le confirment : 99,1 % des créateurs présents sur les plates-formes de streaming se jugent mal rémunérés. En effet, les paiements au titre des droits sont dérisoires pour la plupart des artistes, les privant d’une source de revenus décente. Pourtant, les plates-formes de streaming ne sont pas les seules responsables de cette situation. Il ne faut pas voir Spotify ou Deezer comme des profiteurs cyniques ; ces entreprises, nées à une époque où l’industrie musicale était en crise, peinent elles-mêmes à dégager des bénéfices.
Le véritable problème réside ailleurs : dans la structure même du modèle de rémunération, qui bénéficie avant tout aux majors de l’industrie musicale. Historiquement, ces acteurs jouaient un rôle clé dans la production, la distribution et la fabrication des supports physiques. Aujourd’hui, leur activité se limite souvent à la mise en ligne de fichiers musicaux. Leur part des revenus est disproportionnée par rapport à l’effort fourni, ce qui soulève la question de la légitimité de cet équilibre. Les artistes, qui génèrent le contenu, sont les grands perdants de ce système.
Repenser la répartition des revenus
Il est nécessaire de diversifier les sources de revenus des artistes. Les plates-formes de streaming ne devraient représenter que 30 à 40 % du revenu total d’un musicien, laissant ainsi la place à d’autres moyens de monétisation. Le défi consiste à identifier ces nouvelles sources de revenus, et à établir un lien plus direct avec les fans. En effet, les consommateurs de musique d’aujourd’hui sont habitués aux abonnements directs, que ce soit avec des créateurs de contenu, des influenceurs ou même dans le domaine du gaming. Pourquoi ne pas appliquer ce modèle à la musique ? Les fans pourraient bénéficier de contenus exclusifs, de places privilégiées pour les concerts ou encore de souvenirs personnalisés.
De plus, la nouvelle génération d’artistes doit se libérer de la dépendance envers les géants du numérique, tels que Facebook et Instagram, qui contrôlent l’accès aux communautés de fans et monétisent ce lien sans véritable contrepartie. Il est temps de reprendre le contrôle sur la relation avec le public et d’innover dans les offres proposées, pour enrichir l’expérience des fans tout en générant des revenus pour les créateurs.
Une opportunité pour réinventer l’industrie
L’évolution des modes de rémunération ne peut pas se limiter à des ajustements mineurs. Elle doit être le reflet d’un changement plus global dans la manière dont nous valorisons la création artistique. Les artistes doivent être au centre du système, et non à sa périphérie, dépendants des décisions des majors ou des aléas des plates-formes. Les bénéfices colossaux réalisés par ces acteurs, au regard de l’effort fourni, ne sont plus justifiables dans un monde où la technologie permet aux créateurs de prendre en main leur vocation.


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