Notre société fait face à une fatigue collective
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TRIBUNE. Selon l’étude publiée récemment par le ministère de l’Éducation nationale, près d’un élève de sixième sur deux ne parvient pas à courir plus de cinq minutes, et près de deux sur dix s’arrêtent avant trois minutes. Ce constat dépasse largement la question de l’éducation physique. Il révèle une transformation plus profonde : une société qui bouge moins, récupère moins et voit son endurance collective progressivement s’affaiblir. Que deviendra cette génération lorsqu’elle entrera, dans moins de dix ans, sur le marché du travail ? Par Sébastien Béquart, CEO d’EGYM Wellpass France. 

Car le monde professionnel n’est pas plus protecteur. Le récent baromètre d’EGYM Wellpass montre que 71% des salariés jugent leurs conditions de travail trop statiques. Plus d’un sur deux (57 %) déclarent que leur performance a été affectée par la fatigue mentale, le stress ou des troubles du sommeil au cours des douze derniers mois.

Ces données pointent une réalité : nos journées laissent de moins en moins de place au mouvement. Si nous ne réagissons pas, cette fatigue risque de s’installer durablement dans le quotidien de toutes les générations.

Une société qui bouge de moins en moins

Nous avons progressivement construit un quotidien où le mouvement a disparu des routines, sans toujours en mesurer les conséquences. Là où le travail d’hier sollicitait excessivement les corps, celui d’aujourd’hui les met à l’arrêt. Les réunions s’enchaînent, les journées se déroulent assises face aux écrans, et le télétravail a supprimé une partie des déplacements et des pauses naturelles qui rythmaient nos journées.

À l’école aussi, les heures assises se multiplient, les écrans commencent à prendre une place croissante dans le quotidien des élèves, et les temps de récréation ne compensent plus toujours l’immobilité accumulée.

Peu à peu, le mouvement est devenu optionnel. Il n’est plus intégré à l’organisation du travail ; il devient une activité que chacun doit tenter d’ajouter en dehors de ses heures de travail. Dans ces conditions, la fatigue ne vient pas uniquement de la charge de travail ou des objectifs à atteindre. Elle s’installe aussi parce que nos journées manquent d’alternance, de respiration ou encore de récupération réelle.

Lorsque l’école peine à garantir suffisamment d’activité physique et que l’entreprise organise des journées presque entièrement statiques, nous ne sommes plus face à une question de discipline personnelle ou de bonne volonté. C’est un modèle collectif qui est en cause, un modèle qui tend à réduire progressivement notre capacité à tenir dans la durée.

Quand la fatigue devient un risque économique

L’endurance n’est pas seulement un sujet de santé publique ; elle est devenue un enjeu collectif. Ce que l’école révèle aujourd’hui dit quelque chose du monde du travail de demain. En effet, un système éducatif solide repose sur des élèves capables d’attention, de persévérance et de récupération. De la même manière, une organisation performante repose sur des équipes capables de soutenir l’effort, de rester concentrées, de s’engager dans le temps. Or un élève ou un salarié fatigué est moins attentif, moins impliqué, plus vulnérable au stress et au désengagement, et cela finit par peser sur la dynamique collective.

Les chiffres le confirment : 53 % des salariés estiment que leur emploi pèse négativement sur leur équilibre psychologique, et presque 9 salariés du 10 (87 %) s’inquiètent de l’impact du travail sur leur santé à long terme.

Peut-on réellement construire une économie compétitive avec une population active qui se sent de plus en plus épuisée ? Ce que révèle l’école aujourd’hui pourrait annoncer les difficultés de demain…

Les entreprises ne peuvent plus rester spectatrices

Il ne s’agit pas de rendre le sport obligatoire, mais de repenser concrètement l’organisation de nos journées pour redonner une place réelle au mouvement et à la récupération. Les entreprises jouent un rôle central dans l’organisation des rythmes de vie contemporains : elles définissent les horaires, les modes de collaboration, les environnements de travail et les usages numériques qui structurent nos quotidiens. À ce titre, elles ne peuvent plus rester spectatrices et portent une responsabilité directe dans la prévention de la fatigue collective.

Lorsque les entreprises mettent en place des solutions concrètes – accès facilité à des infrastructures sportives, activités collectives, temps dédié au mouvement ou programmes de bien-être structurés – les effets sont mesurables : amélioration du sommeil, réduction du sentiment d’isolement, pratique d’activité physique plus régulière et meilleure perception de la santé mentale.

Surtout, les attentes des salariés évoluent rapidement. 64 % affirment que l’engagement de leur entreprise en matière de santé et de bien-être influence leur décision de rester à long terme, une proportion qui atteint 76 % chez les 18-34 ans. Autrement dit, les jeunes générations n’attendent plus seulement un salaire ou une flexibilité accrue : elles attendent des organisations capables de créer des conditions durables de performance et d’équilibre.

Continuer à considérer ces sujets comme des avantages périphériques ou des initiatives facultatives revient à ignorer une transformation profonde du monde du travail.

La crise de l’endurance n’est pas un problème individuel, mais bien un sujet sociétal. L’école vient de poser un signal d’alerte. À nous d’en tirer les conséquences.

Allons-nous continuer à organiser des journées qui épuisent progressivement les corps et les esprits, ou décider de créer des environnements qui permettent de durer, de récupérer et de performer dans le temps ?

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