Transport routier de marchandises et écologie
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TRIBUNE. Le transport routier de marchandises est responsable de près d’un quart des émissions de CO₂ en Europe. Décarboner ce secteur n’est plus un choix : c’est une nécessité environnementale. Par Olivier Becker, fondateur et président d’Evergreen Mobility. 

À cet impératif climatique, la volatilité des prix des énergies fossiles, liée notamment à l’instabilité géopolitique récente, nous rappelle à quel point notre dépendance peut fragiliser l’ensemble des chaînes logistiques. Face à ces enjeux, à la fois climatiques et économiques, le camion électrique s’impose comme une réponse de fond.

Aujourd’hui, les premières verticales de l’électrification, la livraison du dernier kilomètre et le transport régional, sont bien engagées. Les carnets de commandes se remplissent, les taux d’électrification progressent, et les retours d’expérience s’accumulent. Ce mouvement confirme que le camion électrique n’est plus un pari industriel : c’est une réalité opérationnelle, là où les conditions le permettent.

L’enjeu est désormais d’aller plus loin, et plus vite. D’accélérer l’électrification sur l’ensemble des segments, en s’attaquant notamment au transport longue distance. Ce segment représente à lui seul les deux tiers des kilomètres parcourus par les poids lourds en France chaque année. C’est là que se joue l’essentiel de la transition.

Trois conditions doivent être réunies 

La première est territoriale. Il faut un maillage cohérent d’infrastructures de recharge sur l’ensemble des corridors routiers : pas une accumulation de points isolés, mais un réseau pensé en fonction des flux logistiques réels, capable d’accompagner les trajets longue distance sans rupture.

La deuxième est opérationnelle. Les contraintes du transport : cadences serrées, fenêtres horaires imposées, impératifs de rentabilité et de sécurité, elles ne peuvent pas être ignorées. Les infrastructures doivent s’y adapter, et non l’inverse. Cela suppose des stations dimensionnées pour le transport lourd, disponibles en permanence, intégrées dans les schémas d’exploitation existants, mais aussi profondément connectées et efficientes.

La troisième est économique. Le carburant représente une part significative du coût total de possession d’un poids lourd. Pour que l’électrique s’impose, le prix de la recharge doit être suffisamment compétitif pour contribuer à faire baisser ce TCO en dessous de celui des véhicules thermiques. Ce n’est pas une question de subvention mais de modèle économique viable, construit pour durer.

Un travail collectif 

Les opérateurs de recharge sont en première ligne. Ce sont eux qui déploient le réseau, identifient les emplacements stratégiques, dimensionnent les stations et garantissent la disponibilité du service.

Les gestionnaires de réseau jouent un rôle tout aussi déterminant. Pour être au rendez-vous de cette transition, il faut créer les conditions d’un raccordement au réseau électrique plus rapide et plus fluide, une condition essentielle pour que le déploiement des infrastructures puisse suivre le rythme qu’exige la situation.

Les pouvoirs publics jouent ici un rôle décisif. Les mécanismes de subvention, lorsqu’ils sont bien pensés et bien ciblés, constituent un accélérateur très fort pour le maillage territorial. Ils permettent d’accompagner le déploiement des infrastructures à l’échelle et au rythme qu’exige la transition.

Les opérateurs de concessions autoroutières et de centres routiers sont eux aussi des acteurs clés puisqu’ils contrôlent une partie significative des emplacements stratégiques le long des grands axes, et leur engagement est déterminant pour la couverture des corridors longue distance.

Enfin, les acteurs du transport, transporteurs, chargeurs et gestionnaires de flotte, doivent être associés dès la conception, pas en bout de chaîne. Ce sont eux qui connaissent les contraintes du terrain, les fenêtres de recharge possibles, les itinéraires réels. Construire sans eux, c’est prendre le risque de déployer un réseau inadapté aux usages.

C’est de cette convergence, et non d’une initiative isolée, que naîtra un réseau à la hauteur des enjeux. La France occupe une position stratégique en Europe : carrefour des grands flux logistiques du continent, elle a tout à gagner à prendre une longueur d’avance dans ce déploiement. Ce qui se construit ici rayonnera bien au-delà de nos frontières.

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