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Avec Meet My Mentor, qu’il cofonde en 2020 en pleine crise sanitaire, Louis Lalanne connecte des conférenciers inspirants et atypiques avec des entreprises. L’entrepreneur en est convaincu, le « réseau » joue un rôle clé dans le succès de nos projets. Entretien avec un amoureux des autres.
Dès l’âge de 15 ans, Louis Lalanne, passionné de politique, organisait des débats au sein de son lycée et faisait venir des députés, qui consacraient une heure de leur temps aux lycéens. Voilà la première pierre entrepreneuriale. Aujourd’hui, et après avoir fréquenté les bancs de Sciences Po et HEC, il fait intervenir au sein des entreprises – lors de séminaires, conférences, tables rondes, ateliers, etc. – des personnalités marquantes. Certaines sont très connues, comme la meilleure pâtissière du monde Nina Métayer ou la première aviatrice paraplégique pilote de voltige au monde Dorine Bourneton, d’autres le sont un peu moins mais leurs parcours ont de quoi forcer l’admiration. À l’instar de Nora Lakheal, première femme à avoir intégré la section opérationnelle et recherche spécialisée des Renseignements généraux dans le cadre de la lutte anti-terroriste. En croissance et rentable, l’entreprise connecte aujourd’hui plus de 400 conférenciers. Une activité qui requiert au quotidien de prendre soin de son réseau.
Comment fait-on pour se constituer un réseau quand on n’en a pas au départ ?
Louis Lalanne : Quand on part de zéro, la première étape n’est pas de « faire du réseau », mais de comprendre pourquoi on veut en avoir un. Chercher un emploi, lancer un projet, gagner en visibilité… un objectif clair change tout.
Il existe une règle simple, presque contre-intuitive : ne rien attendre immédiatement en retour ! Le networking opportuniste peut fonctionner une fois ou deux, mais il s’épuise vite. Ce qui tient dans la durée, c’est la sincérité. S’intéresser vraiment aux gens, écouter leurs parcours, comprendre leurs enjeux, et se demander en quoi on peut leur être utile. La réciprocité, elle, vient naturellement avec le temps. Concrètement, il faut oser passer à l’action. Écrire à quelqu’un, proposer un café, se rendre à un événement, même seul. Le digital et les réseaux sociaux sont un formidable point d’entrée, mais rien ne remplace la rencontre en face-à-face. Et surtout, il ne faut pas s’autocensurer, la plupart des gens sont bien plus accessibles qu’on ne l’imagine.
Un réseau se construit dans le temps, partout, y compris dans les cercles informels comme les clubs de sport ou les associations. Je ne néglige personne, c’est une vraie maxime pour moi. On ne sait jamais qui peut ouvrir une porte. Les opportunités viennent rarement de là où on les attend, mais souvent de discussions informelles avec des personnes que l’on aurait pu, à tort, considérer comme « anodines ».
Et comment s’y prendre quand on est timide ?
L.L. : Les profils plus réservés créent souvent moins de contacts au départ, mais ils tissent des liens plus profonds, plus solides et fondés sur la confiance. Là où certains vont vite, eux prennent le temps et, souvent, vont plus loin.
Évidemment, il faut accepter une part d’inconfort. Aller vers les autres quand ce n’est pas naturel demande un effort. Mais ça s’apprend. C’est presque un entraînement, se rendre à des événements, parfois seul, engager une première conversation, puis recommencer… Les débuts sont souvent maladroits, et c’est normal ! Avec le temps, les choses deviennent plus simples, plus naturelles.
Ce qu’il faut aussi garder en tête, ne pas jouer un rôle qui sonne faux. On ne change pas sa nature. L’enjeu, c’est plutôt de trouver sa propre manière d’être en lien avec les autres, de gagner en aisance sans se trahir.
Avez-vous une ou deux astuces qui fonctionnent en soirée networking ?
L.L. : En soirée networking, je crois qu’il faut connaître un pitch type, maîtrisé sans qu’il ne sonne trop comme un discours appris par cœur, et qui ne dépasse pas une minute. Comme si vous deviez vous présenter le temps d’une rencontre dans un ascenseur ! Dîtes qui vous êtes, votre projet, votre différence, et énoncez un chiffre concret. Cela suffit généralement à susciter un intérêt. Inutile de monopoliser la parole, mieux vaut échanger brièvement et laisser place au dialogue. Respecter les codes sociaux est clé, il faut savoir conclure avec élégance, proposer de reprendre contact, et accepter que chacun circule.
Quelle est la part du réseau dans la réussite d’un entrepreneur ?
L.L. : Le réseau est absolument fondamental. On sous-estime souvent à quel point le business repose, avant tout, sur la confiance. Concrètement, on fait du business avec des gens qui nous connaissent, qui nous recommandent. Que ce soit pour trouver ses premiers clients, identifier les bons partenaires ou même recruter.
Aujourd’hui il existe une multitude de projets qui se lancent. Avoir un bon projet ne suffit pas toujours puisqu’il faut aussi être visible. Et cette visibilité passe souvent par un réseau, de journalistes, de relais, de personnes qui vont s’intéresser à ce que vous faites et lui donner de l’écho. Le mythe du « self-made man » n’existe pas, bien s’entourer reste une condition essentielle du succès.
Au-delà du réseau, ce qui compte, pour réussir, c’est l’audace. Être capable de prendre des risques… sinon on ne construit rien ! Sans oublier une dimension plus personnelle, la passion. Aimer ce que l’on fait conditionne votre capacité à tenir dans la durée, encaisser les échecs, faire preuve de résilience.
Propos recueillis par Geoffrey Wetzel






























