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C’est tout simplement la première femme au monde handicapée et pilote de voltige. Dorine Bourneton, qui perd l’usage de ses jambes dans un crash aérien, s’est battue pour continuer à faire ce qu’elle aimait : voler. Surtout, elle oeuvre toujours pour qu’un maximum de personnes handicapées accèdent au métier de leur rêve.
Son papa, chauffeur de taxi et ambulancier, aurait voulu devenir pilote d’avion. C’est d’ailleurs lui qui emmenait régulièrement ses enfants, Dorine et son frère, prendre des cours de pilotage à Clermont-Ferrand. « Tu veux devenir pilote plus tard ? C’était la question qu’adressait mon père à son fils, étonnamment pas à moi ! (rires) », nous confie Dorine Bourneton. Finalement, c’est bien elle qui multipliera les cours de pilotage en parallèle de ses études. « Je me souviendrai toujours de mon premier lâcher, seule. J’avais 15 ans, toute timide, je venais de la campagne, et je volais dans le ciel. On se sent tellement vulnérable et en même temps pilote de son destin », raconte la passionnée.
L’accident avant la relève
Mais la passion est rarement compatible avec la raison. Ce jour-là, alors qu’elle n’a que 16 ans, Dorine Bourneton doit monter à bord d’un petit avion de l’aéroclub dans le cadre d’un voyage organisé pour rencontrer des pilotes de Canadair. Passagère, elle monte à bord de l’appareil, malgré les mauvaises conditions météorologiques. C’était dangereux d’y aller. C’était tout autant immanquable. Le pilote finit par perdre le contrôle de l’avion et fonce droit dans les montagnes. De ce terrible crash aérien, seule Dorine Bourneton sortira vivante. Adolescente et paraplégique. « Évidemment, j’ai dans un premier temps été dans le déni du handicap, jamais je ne me suis sentie handicapée, et c’est toujours le cas aujourd’hui […] Mais ce sont les regards extérieurs qui vous ramènent à ce que vous renvoyez. On me disait qu’il fallait oublier mes rêves, vivre simplement, assistée par l’État et accueillie par mon canapé », explique la voltigeuse.
Pour soi, et pour les autres aussi – ceux qui n’ont pas pu survivre à cet accident – Dorine Bourneton croît toujours en ses rêves. Handicapée ou pas elle continuera à voler : « Ne pas renoncer à ce que j’ai toujours voulu faire était une manière de me reconstruire. » Dans sa chambre d’hôpital déjà, elle demandait à son père de lui accrocher les posters des grands pilotes qui l’ont inspirée, à l’instar de Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry, ou encore Adrienne Bolland. Elle gardait un regard positif sur ce qui lui avait coûté ses deux jambes. Portée par les encouragements de son instructeur, Dorine Bourneton obtient quatre ans après l’accident, en 1995, son brevet de pilote sur un avion équipé de commandes manuelles.
Se battre pour les autres
Dorine Bourneton s’est activée en coulisses et a contribué à changer la réglementation aéronautique française. Afin de permettre aux personnes handicapées d’avoir un poste de travail adapté. Et surtout prouver qu’elles ont les mêmes compétences que les personnes valides. En 2003, Dominique Bussereau, alors secrétaire d’État aux Transports, signe l’arrêté qui autorise les personnes handicapées à devenir pilote professionnel. Une belle victoire. Ambassadrice de l’association Hanvol, elle continue à se battre pour que tous puissent accéder aux métiers de l’aéronautique. Pour que tous puissent un jour peut-être, danser dans le ciel.
Le parcours de notre rebond a de quoi inspirer. « À chaque décollage j’ai peur, évidemment. Peur de tuer mes passagers […] Mais la peur s’apprivoise, elle ne doit pas nous empêcher d’avancer », défend Dorine Bourneton. Modèle de résilience, son destin a donné vie à un téléfilm diffusé en 2020 et réalisé par Jérôme Cornuau, Au-dessus des nuages. Dorine Bourneton est aujourd’hui conférencière, elle partage son parcours au sein d’entreprises, et écrivaine. Son prochain objectif ? le projet SolarAirshipOne qui vise à réaliser un tour du monde sans énergie fossile. Des défis qui nous font exister.
GEOFFREY WETZEL






























