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Non, rien de rien, elle ne regrette rien. Et pourtant, l’entreprise Eizhy n’est pas encore tout à fait là où Typhaine Fox prévoyait de l’emmener. Mais elle n’est plus à un rebond près ! Après avoir préparé pendant deux ans
son projet industriel – produire un combustible à base de végétaux délaissés destiné aux poêles à granulés – elle a dû revoir sa copie. C’est cela l’entrepreneuriat.
Comment est né ce projet et que lui est-il arrivé ? Tout est parti d’une balade dans les Mendips, dans le Somerset anglais. Typhaine et ses amis Barry et Bert découvrent une entreprise qui fabrique des bûches compressées à partir de fougères. De là naît l’idée de valoriser des ressources naturelles en pellets pour poêles à granulés. « Nous avons créé Eizhy pour transformer des végétaux délaissés récoltés localement en produits innovants qui sentent bon la Bretagne sans causer de tort à la nature », se rappelle Typhaine. Un projet qui valorise la biomasse délaissée en réduisant le poids des déchets ménagers.
De la théorie au terrain…
Le projet démarre en 2019 à Hénon, près de Lamballe (Côtes-d’Armor). Typhaine quitte ADEO Leroy-Merlin où elle s’occupait de sourcing de matériaux produits en Europe. Avec trois associés, elle lance Eizhy – contraction de « Breizh » avec le y de « easy ». Ils sont accompagnés par la BGE, la région Bretagne, le Zoopôle, Initiative Armor, plusieurs banques, Lamballe Terre et Mer et l’Agence bretonne de la biodiversité. Un partenariat est noué avec deux réserves naturelles (Erquy et Perros-Guirec).
Après deux ans de R&D en pleine période covid, l’entreprise dispose d’un procédé unique et d’un outil industriel : une usine de 3 000 m² installée sur une friche réhabilitée – en accord avec leur souci de renouveler l’existant. Mais une difficulté surgit : l’agro-pellet qu’ils ont conçu n’est pas compatible avec les poêles commercialisés car ils sont autorisés à brûler uniquement du bois.
L’entreprise aurait pu mettre la clé sous la porte faute de marché. Mais ce n’est pas dans le tempérament de Typhaine d’abandonner. Son objectif : tenir le temps qu’il faudra pour que les éco-pellets d’Eizhy puissent être utilisés dans les poêles à granulés du marché. « Nous devions faire vivre l’entreprise entre temps. Quand on est entrepreneur, on ne peut pas attendre un retournement de marché. Alors nous avons réinventé Eizhy », explique-t-elle. Avec ses associés, ils réfléchissent à d’autres usages des végétaux délaissés, ajustent leur outil industriel… et se lancent dans la litière, puis dans les absorbants pour exploitations agricoles et toilettes sèches.
Pour accélérer le développement d’Eizhy tout en maintenant ses efforts de R&D, l’entrepreneure s’engage dans l’aventure de la levée de fonds. Avec un besoin de 350 000 euros ! Après plusieurs mois de tractations, le tour de table sera bouclé début 2025. Fin 2024, l’entreprise compte cinq salariés, une grande satisfaction après un pivot majeur et une adaptation en profondeur de l’entreprise.
Le rebond fait partie de l’entrepreneuriat
Mais Typhaine Fox a toujours en tête le projet initial. « Nous n’avons pas abandonné l’éco-pellet. Le bois est une ressource épuisable. Alors nous poursuivons les discussions avec les fabricants et revendeurs de poêles pour obtenir une certification qui autorise l’utilisation d’un autre combustible que le granulé de bois », ajoute-t-elle.
La fondatrice d’Eizhy sait qu’elle a pu mener ce projet grâce à l’appui de ceux qu’elle appelle « ses coachs », des relations professionnelles de confiance qu’elle a nouées et qui la conseillent. Elle rejoint aussi des réseaux d’entrepreneurs – la French Tech Baie de Saint-Brieuc, Femmes de Bretagne et les Rebondisseurs Français.
Elle expérimente, ose, assume les aléas, ajuste… « Le rebond, c’est quasi tous les jours ! Pour être entrepreneur, il faut être prêt à ne pas être tout le temps stable sur ses appuis. Mais c’est tellement riche, j’apprends tellement de choses. Je n’ai aucun regret d’avoir osé ce changement de vie professionnelle », commente-t-elle. Une ténacité et un état d’esprit qui l’ont conduite à être désignée lauréate de plusieurs prix dont le Prix des entreprises remis par l’association Force Femmes. En cinq ans d’entrepreneuriat, Typhaine Fox est devenue un vrai kangourou breton !
CLAIRE FLIN































Beau parcours et vrai cas d’école d’adaptation dans la filière biomasse. La problématique de certification des combustibles alternatifs au bois est un verrou que beaucoup d’innovateurs rencontrent.
Savez-vous si le dossier d’Eizhy est suivi au niveau de l’ADEME ou du CIBE ? Un accompagnement institutionnel pourrait donner davantage de poids à leur démarche d’homologation.