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Je ne résiste pas à vous donner quelques extraits de ce face-à-face organisé, en 2011, par 20 Minutes, qui était encore quotidien et diffusé gratuitement à grande échelle sous forme de journal imprimé.
C’est pour moi un hommage à cet homme immense, une si longue vie à réfléchir, enseigner, dialoguer. Nous avons tous été, nous sommes ou nous serons des personnes imprégnées de ses pensées. Bien au-delà des divergences que je vais exprimer.
« Je suis un opti-pessimiste. » La formule est lancée par Edgar Morin, qui refuse l’opposition binaire entre optimisme et pessimisme et lui préfère celle du probable et de l’improbable.
Ce qui relève du probable nous mène à la catastrophe. Mais l’improbable heureux est également possible. Seule une prise de conscience permettra de sauver l’homme.
Lors de cet échange, je préfère insister sur ce qui fonctionne, sur les aspects positifs et heureux de la vie quotidienne. Sur le monde qui se mobilise comme jamais pour atténuer le réchauffement climatique ou supprimer les paradis fiscaux.
Et j’interpelle Edgar Morin :
« Vous êtes un phare. Un phare doit accompagner les gens vers la lumière, pas vers les ténèbres. »
Réaction pour le moins vive d’Edgar Morin, qui ne se reconnaît pas dans ces critiques.
« Mon point de vue n’est pas strictement négatif, bien au contraire. Il est tonique et prend toujours en compte l’ambivalence des situations. Sur la mondialisation, il y a des progrès certes, mais tous les empires se sont effondrés et nous luttons en permanence contre la mort et la barbarie. À l’inverse, c’est bien la posture optimiste qui peut endormir les gens. »
Je réponds :
« Non, en accentuant le côté terrorisant des choses, on crée une passivité. Mettre l’accent sur les épreuves n’incite ni à l’action ni à l’engagement. »
Loin du modèle de résistance de mon interlocuteur du jour, j’ajoute :
« Les résistants d’aujourd’hui campent deux nuits à la Défense et pensent ainsi changer le monde. »
Edgar Morin reprend :
« Peut-être sommes-nous à la fin d’un monde car, quand un système ne peut plus traiter ses problèmes fondamentaux, il est condamné à régresser ou à faire sa métamorphose. »
L’expert en communication que je suis aborde alors la question des solutions locales, chères au sociologue, qui est catégorique :
« Les solutions viendront d’initiatives apparemment modestes qui sont autant de résistances à la compartimentation. »
Ce qui lui vaut de ma part cette réplique peu amène :
« Vous enfoncez des portes ouvertes, les progrès à l’échelle locale sont multiples, démocratie participative, associations de quartier, écoles de parents… »
À la fin de l’échange, nous conviendrons de rester positifs.
Edgar Morin fait référence à Giraudoux et à un proverbe grec :
« Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui viendra. »
Je cite de mon côté Camus, Le Mythe de Sisyphe :
« C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible printemps. »
En conclusion, celui qui nous a tant apporté, et en particulier dans son ouvrage La Voie, s’est parfois égaré comme son camarade Stéphane Hessel.
La solidarité avec la Palestine s’est apparentée chez eux à une forme d’antisémitisme.
La pensée complexe s’égare lorsque Edgar Morin déclare :
« Le peuple le plus persécuté de l’histoire est devenu à son tour persécuteur. »
On n’accuse pas un peuple des fautes que l’on reproche à ses dirigeants. On est là dans une forme d’amalgame et de confusion que même un opti-pessimiste ne devrait pas pratiquer.






























