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Face aux vagues de chaleur qui deviennent fréquentes et intenses en Europe, chaque pays essaie tant bien que mal d’y faire face en s’appuyant sur des techniques coutumières de refroidissement et des nouvelles solutions. Ces pratiques, souvent anciennes, rendent les températures plus supportables. L’enjeu est de s’adapter et d’assurer un confort thermique. Par Ezzedine El Mestiri.
En Italie, on compte sur des architectures centenaires comme les arcades ou portiques de Bologne pour trouver des espaces rafraichissants. D’autres ont misé sur le développement des espaces verts, l’optimisation de l’orientation des fenêtres et l’installation de systèmes de ventilation naturelle pour améliorer les conditions de vie des habitants. Mais le pays le plus cité et apprécié en incitatives novatrices, c’est l’Espagne. Il a eu même les félicitations du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus qui vient de consacrer le réseau de refuges climatiques de Barcelone comme meilleure solution de prévention contre l’extrême chaleur.
Un refuge gratuit contre la chaleur
L’abri climatique ou le refuge climatique est un espace, aménagé ou non, qui offre aux citoyens la possibilité de se mettre en sécurité face à des conditions météorologiques extrêmes. À Barcelone, le projet a été lancé en 2020 avec 70 espaces. Six ans plus tard, près de 500 refuges sont à disposition des habitants. 98 % de la population se trouve à moins de dix minutes d’un refuge et 77 % à moins de cinq minutes. Bibliothèques, marchés, musées, parcs et écoles sont recensés comme « refuges climatiques ». L’accès y est gratuit, l’eau et les sièges garantis, la température maintenue autour de 26°C. Ces espaces, dotés d’assises et d’eau gratuite, sont conçus comme des lieux de refuge contre la chaleur. L’idée est inspirée par les cooling centers de Chicago. Après la meurtrière canicule de 1995, la ville avait mis en place ces espaces pour s’adapter au réchauffement climatique. Le gouvernement espagnol s’est saisi du sujet à l’échelle nationale à travers un Pacte d’État face à l’urgence climatique qui prévoit la création d’un réseau national de refuges climatiques. Plusieurs villes ont déjà lancé le leur, dont Valence, Jerez, Bilbao ou Saragosse. C’est à la suite de l’été 2025, marqué par une vague de chaleur qui a fait grimper les températures jusqu’à 45 °C, en provoquant plus de 10 000 morts que les refuges climatiques se sont imposés en Espagne.
Dès janvier 2026, le premier ministre Pedro Sánchez, visionnaire, était à l’œuvre : « Certains étés, on ne parle plus de vagues de chaleur, mais plutôt d’une seule et même vague qui dure. Par conséquent, avant l’été prochain, nous lancerons un réseau national d’abris climatiques. Nous mettrons les bâtiments publics à disposition de la population. Nous faciliterons également le financement pour la création de ces abris climatiques dans les quartiers les plus vulnérables, où la chaleur est la plus forte. »
Habiter nos villes différemment
Cette manière d’aborder la canicule commence désormais à attirer l’attention au-delà des frontières espagnoles. La chaleur n’est plus considérée comme un événement exceptionnel et ses alertes n’inquiètent plus personne. Il faudrait prévoir et anticiper ! Traiter les canicules comme une réalité durable plutôt qu’une urgence ponctuelle. Le modèle espagnol inspire la France. Des voyages d’études sont prévus afin de comprendre comment la société espagnole s’est adaptée aux vagues de chaleur dans l’aménagement des villes et l’organisation du travail.
C’est un fait incontournable, notre planète brûle et cessons de regarder ailleurs ! La récente enquête de Lancet Countdown 2025 indique que la mortalité liée à la chaleur dans le monde a bondi de près de 85 % en trente ans. Le dérèglement climatique n’est plus une menace environnementale, c’est une crise sanitaire mondiale. Il tue 546 000 personnes chaque année ! Depuis des années, les rapports du Giec nous alertent sur l’augmentation des vagues de chaleur, le Haut Conseil pour le climat et des ONG ne cessent de pointer notre retard dans l’adaptation et la volonté d’investir pour éviter des étés meurtriers. C’est l’évidence même : nous devrions adapter nos villes aux canicules et les habiter différemment dans un monde dont les conditions d’habitabilité se détériorent et deviennent un risque de survie !


























