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Depuis des décennies, l’ONU n’a cessé de nous alerter sur la venue des canicules fréquentes et sévères. Les rapports scientifiques nous prévenaient sur des incendies, des sécheresses et des vagues de chaleur intenses. Mais, le monde n’a prêté à ces prévisions qu’une oreille distraite. Avons-nous vraiment prévu et surtout agi face à cette hécatombe et nos étés meurtris par la canicule ? Avons-nous sérieusement pris connaissance des nombreuses études qui nous incitaient à prendre garde dans un monde qui suffoque ? Cela fait des décennies que les chercheurs alertent sur le changement climatique et que les États réagissent mollement ! Par Ezzedine El Mestiri.
Publiée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et l’observatoire européen Copernicus, une prospection annuelle note que presque toute l’Europe (au moins 95 %) a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne en 2025. Depuis les années 1980, l’Europe s’est réchauffée deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les années 2015 à 2025 sont les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées. Selon l’OMM, entre 2026 et 2030, les températures moyennes annuelles planétaires dépasseront dans leur ensemble de 1,3 °C à 1,9 °C la moyenne des niveaux préindustriels (1850-1900).
À chaque canicule, c’est la surprise !
« L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement et les conséquences sont déjà graves. Le rapport 2025 offre des informations claires et exploitables pour soutenir les décisions politiques et aider le public à mieux comprendre l’évolution du climat dans lequel nous vivons », signale Florian Pappenberger, directeur général du Centre européen pour les prévisions météo. Mais avons-nous exploité ces informations précieuses pour prendre des décisions politiques et comprendre ce qui nous arrive ? Évidemment, non ! À chaque canicule, les dirigeants politiques semblent surpris en ayant encore l’indécence de discourir sur ce qu’il faudrait faire !
Rappelons-nous du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) en 2021 qui soulignait que « l’ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique est sans précédent depuis des siècles. Il est incontestable que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres ». Dans une récente étude, les scientifiques du World Weather Attribution (WWA) viennent de confirmer que le changement climatique est responsable sans équivoque de la canicule actuelle frappant l’Europe et cela aurait été pratiquement impossible il y a 50 ans. Ce changement climatique d’origine humaine est provoqué par une utilisation massive des énergies fossiles ainsi par le désastre de la déforestation.
Une urgence sanitaire
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la canicule qui frappe plusieurs pays européens n’est plus seulement un phénomène météorologique, mais il s’agit d’une urgence sanitaire ! Un thermomètre qui tutoie les 40°C dans les villes, représente un grand risque pour l’environnement et la santé au travail. Selon l’OMS, le stress thermique est la principale cause de décès liés aux conditions météorologiques. La mortalité liée à la chaleur chez les personnes de plus de 65 ans a augmenté d’environ 85 % entre 2000-2004 et 2017-2021. Au cours des quatre dernières années, les canicules ont causé la mort de plus de 200 000 personnes en Europe, tandis que la mortalité liée à la chaleur a augmenté de 30 % au cours des vingt dernières années.
Les vagues de chaleur d’aujourd’hui échappent à toute comparaison avec celles de 1976 et 2003. La canicule de 1976 est ancrée dans les mémoires comme l’une des pires qu’ait connues la France. Elle a entraîné la mort de 4 500 personnes. Le gouvernement parlait d’une calamité nationale à laquelle il a apporté une aide de 2,2 milliards de francs pour l’agriculture, financée par une majoration exceptionnelle de l’impôt sur le revenu. En août 2003, la France a affronté la canicule, la plus sévère jamais enregistrée qui a entraîné la mort de 15 200 personnes.
L’heure est grave
Réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements Climat à Paris, des ONG ont lancé un appel à la résistance. « Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat. ». Les signataires exigent une lutte sérieuse contre le réchauffement climatique. Permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes. Face à ce défi, les mesures momentanées ne suffisent plus. Il est temps d’envisager des vraies solutions qui engagent un grand virage sur l’énergie, l’urbanisme et notre mode de vie. « Gouverner, c’est prévoir et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte », écrivait le grand journaliste Émile de Girardin.
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