SNCF : le temps des grandes manœuvres

SNCF
crédits : shutterstock

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Officiellement, c’est le branle-bas de combat. Tout le monde sur le pont en vue des Jeux. Et le reste, on verra après. Les agents de la SNCF seront particulièrement mobilisés durant cet été de tous les dangers.

De plus, l’entreprise publique devra appliquer la réforme du « passe-rail ». Malgré les doutes des régions Normandie, Hauts-de-France et AuRA, ce fameux « passe-rail » auquel Emmanuel Macron avait dit « banco » sera bien mis en œuvre dès l’été… Mais sous certaines conditions.

En effet, il sera réservé aux moins de 27 ans, au prix de 49 euros par mois, ne concernera pas les TGV et ne sera pas applicable en région Île-de-France. Objectif : ne pas surcharger les transports pendant les olympiades. De quoi susciter la défiance de la province, qui craint l’agrandissement du « fossé » décrié par Christelle Morançais, présidente Horizons ex-LR-ex-UMP de la région Pays de la Loire, dans un courrier au vitriol malheureusement très peu répercuté par nos confrères.

L’après Farandou se prépare aujourd’hui

Dans ces moments de haute voltige, où le groupe ferroviaire sera attendu au tournant par les Français, les équipes avancent dans un flou aux airs de malaise. CQFD : qui dirigera le groupe SNCF aux termes des JOP ? OVB : « on verra bien » ! En effet, Jean-Pierre Farandou, PDG de l’entreprise, n’a pas la certitude d’être reconduit pour un nouveau mandat. « Tout le monde est sur les dents », lance une source interne au Parisien.

Jean-Pierre Farandou n’a certes pas démérité, mais il n’a pas su, à l’instar de son prédécesseur Guillaume Pépy, incarner l’entreprise dans la longue durée. Peu présent dans les médias, il a souvent laissé ses adjoints superviser la réponse aux grandes grèves qui ont émaillé son mandat, en apôtre de la parole rare. Peut-il plier bagage après seulement un mandat ? Il ne serait pas le premier : les anciens PDG Jean Bergougnoux (1994-1995), Loïk Le Floch-Prigent (1995-1996) et Anne-Marie Idrac (2006-2008) savent bien que le poste n’est pas d’une longévité à toute épreuve.

De surcroît, Jean-Pierre Farandou est concerné par la limite d’âge que la loi impose aux patrons de groupes publics : il aura 68 ans (date fatidique) en 2025. Le gouvernement peut-il envisager une prolongation exceptionnelle pour services rendus ? Probablement pas : malgré les 1,3 milliard d’euros de bénéfices en 2023, Jean-Pierre Farandou n’est pas jugé assez « disruptif » par ceux qui nous gouvernent. Et pourquoi faire une différence avec l’emblématique patron d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet, qui se pliera à la règle de la limite d’âge, quittant son mandat après les Jeux ?

Castex et Borne pourraient décrocher la timbale

Farandou a d’autant plus de souci à se faire que deux candidats très sérieux sont sur les rangs pour le remplacer… Jean Castex et Élisabeth Borne ! Cette dernière, qui fut présidente de la RATP, ministre des Transports, de l’Écologie, du Travail puis Première ministre semble avoir le CV idéal. Sa formation de polytechnicienne joue aussi en sa faveur. D’autant qu’elle semble un peu à l’étroit dans ses nouvelles fonctions de député du Calvados…

Celle que nous continuons d’appeler « la Première » peut-elle se frayer un chemin jusqu’à La Plaine Saint-Denis, où se situe le siège social du groupe ? Ses détracteurs font la moue : tenancière des réformes difficiles, des régimes spéciaux à celle des retraites, elle serait « détestée par les cheminots » d’après une source anonyme citée là encore par nos confrères du Parisien. De quoi s’exposer à la véhémence dans cette SNCF qui chérit le dialogue social comme la prunelle de ses yeux.

De multiples défis aux airs de casse-tête

Castex, c’est tout différent. Premier ministre de l’époque du « quoi qu’il en coûte », l’ancien maire de Prades bénéficie d’une réputation bien meilleure auprès de la base. Son image « d’homme des territoires » joue en sa faveur, d’autant qu’il demeure très apprécié par le couple exécutif. Celui qui s’est vanté d’être « le Premier ministre du train de nuit » est depuis longtemps un passionné du rail. Ses plus proches le disent : « Diriger la SNCF ? Il en rêve depuis l’enfance ! ». N’oublions pas que Jean Castex est l’auteur de cet ouvrage très particulier, vraiment de niche : Les carnets du train jaune – La ligne de chemin de fer de Perpignan à Villefranche (éditions Talaia). Seul bémol mais de taille : Jean Castex dirige déjà la RATP. Peut-il l’abandonner alors que la régie francilienne est en pleine crise, victime de ses scléroses, visiblement incapable de se réformer ?

Dernière piste : la promotion d’un « profil maison » qui serait sans doute le choix du « changement dans la continuité ». Les regards se tournent évidemment vers Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, que les usagers ont pu découvrir lors de la dernière grève du mois de février dernier. D’ici là, Farandou garde la barre et confie son « optimisme » à qui veut l’entendre, notamment à L’Express. Pour éviter les grèves olympiques, celui qui a fait toute sa carrière dans l’entreprise dégaine encore une fois le chéquier : des primes aux alentours de 1 500 euros devraient être distribuées pour calmer les ardeurs de la CGT et des radicaux de Sud Rail. Tant pis si la SNCF est endettée à hauteur de 24 milliards d’euros, malgré les secours des gouvernements successifs…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.