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TRIBUNE. Ancré dans les pratiques depuis plusieurs années, le travail hybride fait aujourd’hui l’objet de remise en question au sein des entreprises françaises. Pourtant, il a redéfini les repères professionnels et personnels des salariés. Une transformation qui, selon le genre, ne se vit pas de la même manière. Par Frank Weishaupt, CEO d’Owl Labs.
Le travail hybride : un modèle davantage plébiscité par les femmes, mais une gestion de la parentalité de plus en plus partagée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 82 % des femmes estiment que la flexibilité des jours travaillés est un critère « important », voire, « très important », contre 75 % des hommes. Une différence, bien que modérée, qui souligne à quel point les femmes voient dans la flexibilité un levier essentiel pour concilier vie professionnelle et personnelle.
Chez les femmes de 29–44 ans, cette adaptabilité devient une condition essentielle pour maintenir un engagement durable au travail. Le travail hybride n’est plus un confort, c’est une condition d’épanouissement pour de nombreuses femmes actives !
Mais cet équilibre reste fragile. Si le modèle hybride facilite l’organisation du quotidien, il ne fait pas disparaître les inégalités structurelles. 59 % des femmes se disent affectées par le manque de flexibilité (contre 51 % des hommes), 18 % se sentent moins visibles en réunion à distance et 13 % sont fortement affectées par le manque de visibilité.
Autant de signaux d’une double charge mentale persistante : assurer performance et disponibilité, au travail comme à la maison. Le risque ? Une invisibilisation insidieuse dans des environnements où la présence physique reste un marqueur de reconnaissance.
Un signe encourageant toutefois : 53 % des hommes se disent prêts à réduire leur salaire pour bénéficier d’un congé parental mieux rémunéré. Ce changement culturel marque une évolution des rôles parentaux, où les hommes assument davantage leur place dans la sphère familiale. Une mutation à laquelle le travail hybride contribue activement.
Les normes évoluent : la parentalité n’est plus perçue comme une affaire de femmes, et les hommes revendiquent leur part dans la conciliation des temps de vie.
Des tendances contrastées : entre progrès et inégalités persistantes
Malgré de nombreuses avancées, les écarts de perception sur la progression de carrière demeurent marqués. 60 % des femmes se disent freinées par le manque de perspectives professionnelles, contre 55 % des hommes. Le désengagement est également plus prononcé chez les femmes (46 % contre 41 % pour les hommes).
Ces chiffres illustrent une frustration persistante : les femmes restent confrontées à des plafonds de verre, même dans un contexte de travail plus flexible. Le modèle hybride favorise la performance par la confiance et l’autonomie. Toutefois, il ne peut pas effacer complètement certains freins invisibles liés à la reconnaissance et à l’accès à la promotion.
Côté accompagnement, la tendance s’inverse. Les hommes sont plus nombreux à ressentir un manque de mentorat (29,8 % contre 24,4 % des femmes). Un possible effet de rééquilibrage : les femmes, longtemps sous-représentées, bénéficient désormais de programmes dédiés, tandis que les hommes expriment à leur tour un besoin d’accompagnement dans un contexte professionnel en pleine mutation.
Les écarts entre les genres dépassent la seule question de la flexibilité. Ils reflètent des attentes différentes mais complémentaires. Les hommes restent plus nombreux à occuper des postes de management (60 % contre 40 % pour les femmes). Les femmes valorisent davantage la formation continue (76 % contre 71 % pour les hommes) et la stabilité de l’emploi (49 % contre 44 %).
Deux trajectoires se dessinent : là où les hommes recherchent influence et progression, les femmes privilégient reconnaissance, sécurité et développement personnel. Des aspirations qui, loin de s’opposer, traduisent une nouvelle complémentarité dans l’engagement au travail.




























