Le RH bashing sur TikTok et Instagram : un phénomène culturel massif

RH bashing sur les réseaux sociaux
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TRIBUNE. Depuis quelques mois, un nouveau genre s’est imposé sur TikTok et Instagram : la satire de la fonction RH. Loin d’être marginal, le phénomène atteint une ampleur spectaculaire. Certaines vidéos dépassent le million de vues, plusieurs culminant entre trois et cinq millions, avec des centaines de milliers de likes et parfois plus d’un millier de commentaires. Par Arnaud Gilberton, fondateur d’idoko, un cabinet de conseil en ressources humaines.

Ces contenus reposent sur des ressorts narratifs désormais récurrents : entretiens d’embauche absurdes, décisions incompréhensibles, discours corporate déconnectés ou silences prolongés après une candidature. La mécanique est toujours la même : mettre en scène un RH perçu comme distant, normatif, voire cynique. Fait notable, les vidéos les plus performantes sont exclusivement critiques. Aucune valorisation de la fonction RH n’apparaît parmi les contenus les plus vus ou les plus engageants.

Une critique genrée rarement questionnée

Un élément frappe par sa constance : la figure du RH est quasi systématiquement incarnée par un personnage féminin. Voix, prénoms, pronoms, postures, tonalité : tout concourt à féminiser le rôle. Ce choix n’est pas neutre. Il charrie un sous-texte sexiste rarement explicité mais omniprésent. Les traits moqués – rigidité, froideur émotionnelle, excès de formalisme, incapacité à comprendre le réel – sont projetés sur une figure féminine, renforçant des stéréotypes déjà associés aux métiers du « care organisationnel ». La critique de la fonction se double ainsi, souvent inconsciemment, d’une disqualification genrée.

Un malaise générationnel aux conséquences réelles

L’humour joue ici un rôle central. Parodie et exagération permettent d’exprimer une critique sociale profonde sans passer par le registre revendicatif classique. Ce rire, largement porté par la génération Z, révèle une perception du RH comme opaque, trop alignée avec la direction et éloignée de l’expérience vécue du travail. Les chiffres confirment l’ampleur du phénomène : les trente premières vidéos recensées cumulent déjà plusieurs dizaines de millions de vues. Cinq critiques structurent l’essentiel des récits : le ghosting des candidats, les contradictions des offres, des process jugés absurdes, le rôle de simple relais managérial et un langage corporate perçu comme creux.

Mais derrière la caricature, le constat est plus préoccupant. Le bashing traduit aussi une réalité moins visible : des fonctions RH souvent sous-équipées, sous-dotées et prises en étau entre des attentes croissantes et des contraintes économiques fortes. À un moment où les organisations ont plus que jamais besoin de professionnels capables de tenir le dialogue social et de reconstruire la confiance, cette défiance généralisée fragilise une fonction clé du monde du travail. La reconnaître sans déni ni caricature inverse est sans doute une condition nécessaire pour en sortir.

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