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Entre transition écologique, obligations réglementaires et coûts de plus en plus serrés, la flotte automobile des entreprises se trouve en pleine révolution. Le règne du diesel et des véhicules de fonction distribués à la chaîne semble toucher à sa fin : les entreprises misent désormais sur des motorisations plus propres et des outils de gestion intelligents. Entre ambitions vertes et réalités de terrain, comment les entreprises jonglent-elles avec leur parc auto ?

« Ce qui était vrai en 2024 ne l’est plus en 2025. Le bilan des quatre premiers mois de l’année montre une progression évidente de l’électrique. On observe également un recours accru à nos offres de location plus flexibles, par exemple sur un, six ou dix-huit mois, qui présentent l’avantage de ne pas avoir besoin de s’engager », confie Guillaume Maureau, directeur général adjoint d’Ayvens France, à la tête d’une flotte de 480 000 véhicules en location longue durée (LLD).

Cette année, plus qu’avant, la flotte automobile des entreprises sera verte ou ne sera pas. Avec un mot d’ordre : la flexibilité.

En mars dernier, les immatriculations de voitures électriques par les sociétés ont connu un sursaut de 54,2 % à plus de 9 000 unités. Alors que les particuliers ralentissent leurs achats, ce sont les flottes qui ont porté la légère progression des ventes de voitures électriques – ou « wattures » – en ce début d’année. À rebours des idées reçues, les particuliers ont proportionnellement acheté moins de voitures électriques (19 %) que les sociétés (23 %).

Des chiffres qui s’expliquent aussi par l’évolution de la législation, que les entreprises sont tenues de respecter – non sans appréhension.

Flottes auto : que dit la législation en 2025 ?

Face aux évolutions fiscales et réglementaires, aux impératifs de transition écologique et aux nouvelles attentes des collaborateurs, les politiques « flottes » des entreprises sont en pleine mutation.

Un élément de la fiscalité suscite certaines inquiétudes : le malus au poids, actuellement applicable à partir de 1 600 kg. Si les véhicules électriques ne sont pas concernés, ce n’est pas le cas des véhicules hybrides rechargeables. À noter : l’année dernière, les véhicules hybrides simples ont enregistré une hausse de 44,39 % de leurs ventes par rapport à 2023, dépassant ainsi les véhicules essence dont les ventes ont chuté de près de 25 % sur l’année.

Ce malus au poids pourrait donc concerner une part croissante du marché automobile, notamment les hybrides rechargeables de plus en plus populaires, et peser sur les choix des entreprises.

« Ce malus au poids commence à avoir un impact non négligeable sur le TCO (coût total de possession d’une flotte auto, ndlr). Je pense notamment aux véhicules de fonction de catégorie supérieure ou aux véhicules de direction, thermiques et même désormais hybrides rechargeables. Le malus au poids peut parfois atteindre plus de 10 000 euros dans certains cas. Cela commence à peser très lourd dans le TCO. Les gestionnaires de flotte, qui avaient déjà les yeux rivés sur le CO₂, vont devoir maintenant suivre de très près également le poids des véhicules ! », prévient David Decultot, responsable du département consulting d’Ayvens.

Les véhicules d’aujourd’hui sont bien plus volumineux et lourds qu’autrefois — ce qui signifie plus de matériaux, plus de consommation et donc plus de CO₂. Face à la contrainte du malus au poids, miser sur des véhicules plus légers pourrait faire toute la différence. Comme disait Colin Chapman, ingénieur et fondateur de Lotus : « light is right ». La légèreté a du bon !

Récemment, le gouvernement a adopté une mesure dans le projet de loi de finances 2025 visant à renforcer la loi d’orientation des mobilités (LOM) en durcissant les exigences de verdissement pour les flottes de plus de 100 véhicules.

« L’État ne regarde plus seulement le taux de renouvellement des flottes de 20 % en véhicules à faibles émissions imposé par la LOM en 2025, mais prend en compte la proportion réelle de véhicules propres introduits depuis trois ans, qui doit être de 15 % de la totalité du parc, sous peine d’une taxe se traduisant par des pénalités de 2 000 euros par véhicule à faibles émissions manquant en 2025 et 4 000 euros en 2026 », détaille Bertrand Lamarche, consultant chez Traxall France.

Après la suppression du bonus écologique et le durcissement des barèmes du malus lié au poids des véhicules, c’est un nouveau coup de massue fiscal pour les flottes.

« Les gestionnaires de parc sont très inquiets sur le quota de véhicules propres à respecter, lorsqu’on sait que l’électrification progressive peut demander du temps selon l’activité de l’entreprise, mais aussi en fonction des usages des véhicules et de l’infrastructure de recharge », souligne Anne-Claire Forel, directrice générale du Sesamlld, le syndicat des loueurs longue durée.

Le verdissement des flottes n’est plus une option

Avec le durcissement de la fiscalité et de la réglementation, les gestionnaires n’ont d’autre choix que d’accélérer ou de renforcer l’électrification de leur flotte. En témoigne la nette dynamique de la transition électrique des parcs d’entreprise au premier semestre 2025. Sur les six premiers mois de l’année, près d’un véhicule de société neuf sur cinq était électrique, un chiffre qui a grimpé jusqu’à 24 % en août, un record.

« Nous sommes à un point de bascule : la part de l’électrique devrait atteindre entre 20 et 25 % cette année, contre 12 % en 2024 », prédisait déjà Léo Larivière, responsable transition automobile et relations parlementaires chez Transport & Environnement (T&E).

Une tendance confirmée par Régis Masera, directeur de l’observatoire mobilité et du pôle conseil d’Arval France :

« Cette envolée des véhicules électriques résulte à la fois de l’effet de la pression fiscale et réglementaire sur les véhicules thermiques ces dernières années et de l’effort important des entreprises pour imposer des modèles à batterie, une pratique qui commence à s’installer dans les parcs avec une meilleure adhésion des collaborateurs à la motorisation électrique », analyse-t-il.

Pour le gouvernement, l’enjeu va au-delà de la baisse des émissions de CO₂.

« Les grandes flottes sont les premiers clients des constructeurs français. Elles représentent un débouché crucial pour les nouveaux modèles électriques made in France et le maintien des emplois. Ce sont aussi les grandes flottes qui alimentent le marché de l’occasion, là où s’équipent la grande majorité des Français. Grâce à elles, les véhicules électriques deviennent accessibles au plus grand nombre, avec des prix en moyenne 22 % inférieurs à ceux du neuf lors de la revente après trois ans d’utilisation professionnelle », éclaire Léo Larivière.

En remplaçant une partie du pétrole importé par de l’électricité produite localement, les flottes électrifiées renforcent l’indépendance énergétique du pays, tout en réduisant les coûts de carburant pour les entreprises. Le verdissement des flottes dépasse le seul aspect environnemental : il relève aussi d’enjeux économiques, sociaux et industriels.

LISA BEGOUIN

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