Lundi 19 octobre 2026 le théâtre Mogador accueillait le premier événement immersif exclusivement dédié à la déficience visuelle, porté par l’Association Voir ensemble. Le thème ? « L’invitation au voyage, au-delà du regard ». Sportifs, journalistes, comédiens, politiques ont partagé leur regard sur le monde et raconté leur histoire. Six témoignages, des expériences immersives et une même ambition : voir au-delà du regard. ÉcoRéseau Business y était.

C’est au théâtre Mogador (IXe) – où depuis plusieurs années la comédie musicale « Le Roi Lion » enchaine les succès – que l’événement prenait place. Notre premier réflexe ? être ébloui par la beauté du lieu. Mais très vite, on nous distribue des masques… pour une immersion totale, privés de ce sens qui prend souvent le pas sur tous les autres.
Entre rire et larmes
« Ça fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus » lance d’entrée de jeu l’ancien champion du monde de judo et co-animateur de la soirée, Anthony Martins-Misse à l’avocat Matthieu Juglard. Tous deux sont non-voyants. « Des blagues comme celle-ci, il y en aura toute la soirée ! », prévient Anne Bayard, fondatrice de Bayard Unlimited et à l’initiative de l’événement. Et s’il n’y avait qu’une seule chose à retenir de cette soirée ce serait celle-ci : les rires qui envahissent la salle et l’autodérision de ceux qui montent sur scène.
Anne Bayard promet « une expérience pas comme les autres » et invite les spectateurs à « ouvrir les yeux sur le handicap ». Avant de citer Le Petit Prince : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Et de laisser la magie opérer…
Le voyage étant le thème de cette édition, Hamou Bouakkaz a fait un parallèle entre l’Odyssée d’Homère – réputé aveugle – et sa propre histoire. « Je n’ai pas perdu la vue, je l’ai trouvée. On me plaint, mais moi je plains les autres. » Toujours avec cette touche d’humour qui le caractérise : « j’ai deux handicaps : en plus d’être aveugle je suis arabe. »
Hakim Arezki*, après avoir ému la salle avec un chant kabyle à la guitare, a raconté comment à 18 ans, il a perdu la vue lors du printemps noir de Kabylie, Salim Ejnaïni, se prend pour James Bond sur la musique « you only live twice », Laetitia Bernard veut auditionner pour le Roi Lion… Et une standing ovation pour Laurène Messeca, dont la prose a fait frissonner la salle. Les témoignages se succèdent et ne se ressemblent pas. Sauf sur un point : la vie ne s’arrête pas lorsqu’on perd la vue.
*À retrouver dans le numéro 133 d’ÉcoRéseau Business, le portrait d’Hakim Arezki.































