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Angélique Gérard et Léna Touchard fondaient en mars dernier Women in Stem, avec l’envie de lever les freins qui empêchent les femmes de faire carrière dans des secteurs encore trop masculins.
Deux femmes, deux générations différentes, et un même combat : élargir l’horizon des possibles pour toutes les femmes. Une étude menée par Women In Stem Europe et Pearl Executive Research dresse un constat qui inquiète : -30 % de lycéennes dans les filières scientifiques en France depuis 2019 et 1 femme sur 2 quitte la tech après 35 ans. Women in Stem a vu le jour en mars 2025 pour renouer avec le bon sens et avec l’ambition de créer une communauté active de 30 000 femmes Stem en Europe.
« La France et l’Europe ont accumulé un retard colossal face aux géants mondiaux que sont la Chine et les États-Unis en matière de nouvelles technologies, et particulièrement sur le plan de l’intelligence artificielle […] Alors si en plus on se prive de la moitié de la population en ne parvenant pas à stimuler un public féminin voire à l’en exclure… », nous confie Angélique Gérard, l’entrepreneure connue pour avoir largement contribué au succès du groupe iliad aux côtés de Xavier Niel. Les femmes ne sont pas assez présentes dans les « Stem » pour science, technology, engineering, and mathematics. Seuls 24 % des professionnels dans ces disciplines sont actuellement des femmes.
Les causes d’une exclusion
Angélique Gérard le concède, elle a longtemps eu la tête dans le guidon pour prendre conscience des inégalités liées au genre dans le monde du travail. « Je suis devenue à 18 ans, malgré moi et à la suite d’un drame familial, soutien de famille de ma mère et de mon petit frère. J’ai dû cumuler trois emplois en parallèle de mes études en DUT pour pouvoir subvenir aux besoins de mes proches […] Ce travail acharné m’a longtemps suivie, jusqu’à créer neuf filiales au sein du groupe iliad de Xavier Niel et diriger 7 000 collaborateurs ». Une ascension fulgurante qui interpelle les médias, une journaliste des Échos dresse même son portrait, alors que la jeune femme aux origines ouvrières n’a que 29 ans. Avec cette question qui servira de déclic : « Et vous faites quoi pour les femmes ? » Un électrochoc pour Angélique Gérard, ovni dans un monde techno-masculin.
Mais il faut parfois se méfier des exceptions... entre role models nécessaires et susceptibles de justifier que ceux qui échouent ne le doivent qu’à eux-mêmes. Au fil des années Angélique Gérard constate ces biais de genre dans un univers où les femmes avancent minoritaires, elle qui écrira en 2019 Pour la fin du sexisme ! Le féminisme à l’ère post #MeToo. « Je suis féministe, convaincue que le combat de l’égalité entre femmes et hommes se gagnera collectivement […] Femmes et hommes doivent avancer main dans la main, et non face à face ».
Pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses dans les filières technologiques et scientifiques ? « On a tendance à protéger nos filles en les aiguillant vers ce qui sera le plus facile pour elles, simple et protecteur […] Là où elles seront en nombre, comme les cursus littéraires ». Seulement 33 % des filles sont encouragées par leurs parents à s’orienter vers les métiers du numérique, contre 61 % des garçons, alors que les parents sont les principaux prescripteurs en matière d’orientation (enquête menée en 2021 par l’école informatique Epitech et Ipsos). L’École ne parvient pas non plus à gommer ces différences. « Beaucoup de bonnes choses ont été faites durant les deux mandats d’Emmanuel Macron en matière d’égalité entre les genres, à l’instar de la loi Rixain. Problème, d’autres mesures sont venues mettre à mal cet objectif d’égalité : la réforme Blanquer a rendu les mathématiques plus élitistes, et réservées aux garçons alors que les filles ne sont pas plus mauvaises en mathématiques ! », décrit Angélique Gérard. « La réforme Blanquer a provoqué une chute de la présence des filles en filière scientifique », titraient même nos confrères de Libération en 2024.
Donner aux femmes les moyens de réussir
« Créons les conditions pour mieux inclure les femmes dans les filières technologiques et scientifiques », ambitionne Angélique Gérard avec Women in Stem, qu’elle fonde aux côtés de Léna Touchard, une X-HEC pas encore trentenaire. Le premier événement, « Changeons les codes », s’est tenu en mars 2025 au Boudoir des Muses à Paris. Étaient notamment présentes Olfa Zorgati, membre du conseil d’administration d’Ubisoft ; l’influenceuse Estelle Kollar, professeure de mathématiques et le Dr. Alina Krasnobrizha, auteure du livre La Révolution IA. Des tables rondes et conférences organisées partout en France, comme ce fut le cas à Lille en juin dernier. Des initiatives menées de pair avec des acteurs locaux (sensibilisation dans les collèges et lycées, partenariats stratégiques pour maximiser l’impact de l’initiative). En plus de ces moments d’échanges, Women in Stem met en avant des parcours de femmes issues de tous les horizons grâce à son média intergénérationnel.
Enfin, la formation reste un élément essentiel pour lutter contre la sous-représentation des femmes dans les Stem. « Notre objectif étant de former cette année pas moins de 1 000 femmes à l’intelligence artificielle », vise Angélique Gérard, et ce via des programmes IA déjà conçus et testés. Un apprentissage aux soft skills sera également possible, notamment « la confiance en soi et l’audace, et globalement tout ce qui ne s’apprend pas à l’école ». Un système de mentorat verra le jour l’an prochain pour mettre en relation des jeunes filles avec des femmes qui ont réussi dans les Stem. Leur action sera également déployée dans une capitale européenne. Plus de femmes dans les filières technologiques et scientifiques… il en va de la compétitivité de nos entreprises, de notre pays. Voire d’un changement de modèle pour penser le monde autrement ?


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