Les drones au service des territoires
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TRIBUNE. En février 2026, dans 4 départements de l’ouest de la France, les tempêtes Nils et Pedro ont causé plus de 40 jours de pluie d’affilée, tandis que de fortes crues ont nécessité le maintien de plusieurs cours d’eau en vigilance rouge durant 14 jours. Ces phénomènes climatiques extrêmes, tempêtes, crues soudaines, érosions côtières ou épisodes pluvieux intenses sont de plus en plus fréquents. Ils pèsent ainsi de manière croissante sur les budgets des assurances et des pouvoirs publics ainsi que sur la capacité de décision des territoires. La question n’est plus de savoir si le climat change, mais si nos outils de décision suivent le rythme. Par Tristan Allouis, CEO de Yellowscan.

Les chiffres sont éloquents. Entre 1980 et 2024, les événements climatiques ont entraîné environ 822 milliards d’euros de pertes économiques dans l’Union européenne. Longtemps, ces coûts ont été absorbés comme des chocs ponctuels. Ce n’est plus le cas. Près d’un quart de ce montant s’est concentré sur les quatre dernières années, signe d’un basculement net depuis 2021.

L’année 2024 marque un point de rupture. Les inondations constituent les accidents les plus fréquents en Europe depuis plus de dix ans. Cette année-là, 30 % du réseau fluvial européen a franchi les seuils de crue élevée. En France, cette dynamique a marqué les esprits et l’actualité. Les épisodes de pluies et de crues des 17 et 18 octobre 2024, dans le Centre-Est, le Sud-Est et en Île-de-France, ont été extrêmement destructeurs. Les dégâts qu’ils ont entraînés ont été évalués entre 350 et 420 millions d’euros. Les mêmes phénomènes se sont reproduits en 2025 et début 2026. Il n’est pas question ici d’événements exceptionnels. On parle d’un risque qui s’installe, se répète, et finit par désorganiser durablement l’action publique.

Érosion et crues : quand la physique rattrape les budgets

Deux phénomènes concentrent aujourd’hui l’essentiel des fragilités territoriales. Le premier est lent, presque silencieux : l’érosion côtière. En France, près de 20 % du littoral est en recul, soit environ 900 kilomètres de côtes, touchant déjà près de 500 communes. Chaque mètre perdu entraîne des arbitrages coûteux : protéger, déplacer ou renoncer. Le second est plus brutal. Les crues rapides frappent des territoires souvent mal préparés, notamment dans les vallées et les zones de piémont, situées au pied de massifs montagneux et constituées de vastes plaines d’alluvions. Sols asséchés, urbanisation ancienne, épisodes pluvieux concentrés : la montée des eaux est souvent plus rapide que la chaîne de décision. Le problème n’est pas seulement l’aléa. C’est le retard de la connaissance face à des dynamiques qui évoluent vite.

Prévenir, oui mais sur des bases solides

Les institutions le rappellent régulièrement : investir dans la prévention coûte moins cher que réparer. Selon les analyses européennes et internationales, un euro investi dans l’adaptation peut générer entre deux et dix euros de bénéfices économiques. Encore faut-il savoir où agir. Or, trop souvent, les choix d’aménagement reposent sur des cartographies hétérogènes ou peu mises à jour. Résultat : des investissements mal ciblés, des protections inefficaces, et, finalement, une dépense publique accrue. Les coûts concentrés sur quelques jours lors des crues d’octobre 2024 en sont une illustration directe.

La technologie LIDAR un progrès décisif

Depuis quelques années, l’économie de la cartographie vit de profondes évolutions technologiques grâce au LIDAR. Utilisable à bord d’un avion, le LIDAR est une technologie basée sur un laser conçu pour mesurer des distances précises, et constituer un modèle numérique en 3d de la réalité, même à travers la végétation ou à travers l’eau. Dans le cadre du programme national LiDAR HD, l’IGN produit et diffuse gratuitement une cartographie 3D de l’intégralité du sol et du sursol de la France en données LiDAR. Ces données sont extrêmement utiles aux collectivités pour leur  permettre de mieux gérer leurs territoires, notamment pour celles qui ne disposent pas de moyen suffisant pour commander des acquisitions à la carte.

Un changement d’échelle discret mais décisif

Récemment, la technologie LiDAR pour drone, la dernière évolution, vient changer radicalement la donne, notamment sur le plan de l‘agilité et du coût de revient. Connectés au réseau 5G, Les drones équipés de LIDAR créent rapidement et avec une grande précision, un modèle numérique de terrain en 3D parfaitement à jour, sur des surfaces de plusieurs hectares. Ces relevés sont notamment utiles pour mettre à jour les cartes suite à des évènements exceptionnels tels que les crues. Ils peuvent être facilement déployables à distance pour surveiller des zones sensibles ou suivre de manière fréquente l’évolution de l’érosion côtière, comme dans le Golfe du Lion, aux alentours de Palavas-les-Flots, par exemple. Grâce à ces ruptures technologiques, il est possible de générer des relevés beaucoup plus fréquents, plus fins, et à un coût inférieur aux méthodes traditionnelles.Ces opérations sont faciles à répliquer pour suivre l’évolution d’un site dans le temps.  

Décider avant de subir

Là où les campagnes classiques de relevé de données sur le terrain étaient parfois techniquement lourdes, espacées et coûteuses, ces nouveaux outils autorisent un suivi régulier des territoires, parfois à l’échelle mensuelle. Et ça change beaucoup de choses. En effet, dans un contexte où une part croissante des pertes liées aux crues reste à la charge des finances publiques, l’enjeu n’est plus seulement d’indemniser. Il est de prioriser, hiérarchiser, anticiper. Or, réviser des zonages, ajuster des règles de construction, orienter les investissements vers les zones réellement exposées : ces décisions exigent des données robustes et régulièrement actualisées. À défaut, les territoires s’exposent à une double peine : une inefficacité économique durable et une responsabilité accrue en cas de défaut de prévention. À l’inverse, une connaissance dynamique des risques renforce la crédibilité et la soutenabilité de l’action publique.

Le climat extrême impose une nouvelle discipline aux territoires européens : décider plus vite, mais sur des bases plus solides. Dans cette équation, la donnée aérienne n’est plus un outil technique réservé aux experts. Elle devient un socle discret de stabilité économique, au croisement de l’aménagement, des finances publiques et de la sécurité collective. Face à un risque appelé à durer, mieux mesurer n’est pas un luxe. C’est une condition de gouvernance.


Sources : 

Economic losses from climate-related extremes in Europe (1980-2024),
European Environment Agency (EEA), mise à jour 2024.
https://www.eea.europa.eu/en/analysis/indicators/economic-losses-from-climate-related

European State of the Climate 2024,
Copernicus Climate Change Service / ECMWF, 2024.
 https://climate.copernicus.eu

L’érosion du littoral en France,
Cerema, actualisation 2023-2024.
 https://www.cerema.fr/fr/actualites/erosion-du-littoral-france

Climate adaptation and disaster risk reduction – cost-benefit analysis,
Commission européenne / OCDE, synthèses 2023-2024.
 https://www.oecd.org/environment/cc/adaptation
 
https://climate.ec.europa.eu

La CCR estime le coût des inondations des 17 et 18 octobre 2024 entre 350 et 420 M€,
Caisse centrale de réassurance (CCR), octobre 2024.

https://geoservices.ign.fr/lidarhd

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