Arrêts cardiaques en entreprise
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TRIBUNE. Chaque année en France, environ 50 000 personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque. Parfois sur la voie publique, mais le plus souvent à domicile ou sur leur lieu de travail — et trop souvent, dans un silence d’impuissance. Selon l’INRS, plus de la moitié des accidents du travail mortels sont classés comme des « malaises » sans cause externe identifiée. Ils évoquent les arrêts cardiaques, autrement dit la mort subite chez l’adulte consécutive à un infarctus du myocarde. Par Erika Chandon, médecin du travail et Johann Kalchman, cofondateur et CEO de Lifeaz

Et pourtant, nous restons largement désarmés. Les gestes qui sauvent sont encore trop peu connus, rarement enseignés et peu pratiqués. Dans la majorité des cas, les témoins n’osent pas intervenir, par crainte de mal faire. Or, chaque minute sans massage cardiaque ni défibrillation réduit de 10 % les chances de survie. Former une personne sur dix est un premier pas, mais face à un arrêt cardiaque, c’est le premier témoin qui fait la différence — qu’il soit Sauveteur Secouriste du Travail ou non. On ne peut pas attendre qu’un SST soit identifié ou présent : chacun doit être capable d’agir immédiatement. Il est donc essentiel de former 100 % des salariés, de sensibiliser régulièrement, et de rafraîchir les réflexes pour que le bon geste devienne une évidence.

Un message simple s’impose : chacun peut — et doit pouvoir — agir. Pas besoin d’être médecin, ou SST,  pour commencer un massage cardiaque ou utiliser un défibrillateur. Ces appareils guident l’utilisateur pas à pas, et les modèles automatiques décident seuls, en toute sécurité, de délivrer ou non un choc électrique. L’obstacle n’est pas technique : il est culturel. C’est une question de sensibilisation, de formation, et surtout de confiance. Une société préparée est une société où l’on ose agir sans attendre.

Former, équiper, localiser : trois piliers d’une prévention efficace

Les arrêts cardiaques peuvent survenir à tout moment, y compris chez des personnes jeunes, actives, sans antécédents connus. En entreprise, stress, fatigue, horaires décalés ou omissions de traitements sont autant de facteurs aggravants. De plus, encore trop d’entreprises ne sont pas équipées de DAE, ou n’en ont pas déployé en nombre suffisant au regard de la taille ou de la configuration des locaux. Et même lorsqu’ils sont présents, les salariés ignorent souvent leur emplacement — ou pensent, à tort, qu’ils ne sont pas autorisés à les utiliser. Dans ce contexte, la prévention doit aller bien au-delà des seuls risques visibles ou réglementés.

Les entreprises disposent pourtant de leviers concrets et immédiatement actionnables :

  • Sensibiliser massivement les salariés via des campagnes internes (affichage, messages digitaux, événements santé que ce soit sur les symptômes de l’infarctus du myocarde ou les chiffres de l’arrêt cardiaque par exemple)
  • Inclure le risque cardiaque dans les bilans de santé et les dispositifs de prévention existants
  • Former tous les collaborateurs aux gestes qui sauvent, et pas seulement les SST
  • Proposer aux salariés, avant leur départ volontaire à la retraite, des actions de sensibilisation à la lutte contre l’arrêt cardiaque et aux gestes qui sauvent, comme le prévoit le décret du 19 avril 2021, qui rend cette démarche obligatoire pour les entreprises
  • S’équiper en défibrillateurs, les rendre visibles et accessibles sur chaque site, voire à chaque étage, et communiquer clairement sur leur localisation et leur simplicité d’utilisation
  • Créer une culture du réflexe vital, à l’image des campagnes de sécurité routière, avec des messages simples et chocs

Le réflexe essentiel reste : appeler les secours, débuter un massage cardiaque et utiliser un DAE dès que possible.

Le DAE : un outil de sécurité essentiel au même titre que l’extincteur

La loi n’impose les DAE que dans certains établissements recevant du public. Mais faut-il une obligation légale pour prévenir et agir face à une urgence vitale ? Dans les faits, de nombreuses entreprises accueillent chaque jour des dizaines, des centaines, voire des milliers de salariés. Ce sont donc aussi des lieux à risque.

L’argument du coût n’est plus recevable : l’achat ou la location d’un DAE est aujourd’hui accessible à la plupart des structures, y compris les PME, à des prix similaires au prix d’une box internet. Grâce aux technologies connectées, la maintenance est simplifiée et le suivi, à distance, est quotidien pour s’assurer que le défibrillateur sera fonctionnel à chaque instant et surtout en cas d’urgence. Ce n’est plus un sujet budgétaire, c’est un choix de responsabilité.

Protéger ses salariés, c’est aussi protéger l’entreprise

Former ses équipes aux gestes qui sauvent, ce n’est pas seulement les préparer à d’autres urgences, c’est renforcer la cohésion interne et ancrer une culture de réactivité. Installer un DAE, c’est affirmer une démarche de prévention et de responsabilité. En cas d’arrêt cardiaque, l’événement peut être reconnu comme accident du travail. Si une faute de l’employeur est retenue (exposition à un risque connu, manquement à l’obligation de sécurité, absence de moyens de secours), sa responsabilité peut être engagée, avec des conséquences financières et réputationnelles.

À l’inverse, investir dans la prévention cardiaque renforce la crédibilité des engagements RSE et envoie un message clair : la sécurité des collaborateurs est une priorité réelle.

L’arrêt cardiaque d’un salarié est une urgence vitale à laquelle chaque entreprise peut se préparer. Des solutions concrètes permettent d’agir : les formations aux premiers secours sont accessibles, les gestes sont simples à retenir, et les dispositifs de secours sont pensés pour être utilisés par tous. Sensibiliser, former, équiper : c’est aujourd’hui un devoir moral, mais aussi une opportunité de créer une culture du réflexe pour sauver des vies.

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