Pauvres et écolos sans le dire !

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Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

Les personnes pauvres sont-elles plus rétives aux enjeux écologiques que les autres ? Loin des poncifs, les individus vulnérables, au petit budget pratiquent une écologie réaliste, ancrée dans le quotidien et les contraintes matérielles. C’est ce qui ressort d’une étude élaborée par la Fondation Jean-Jaurès et La Fabrique écologique. Par Ezzedine El Mestiri.

Le réseau Emmaüs, plus de 38 000 personnes, fondé dès l’origine sur des activités de récupération, de réparation et de mise en vente d’objets de « seconde main » a servi de laboratoire d’observation à cette enquête. Une approche qui déculpabilise l’écologie en l’associant à une énergie positive et à des valeurs essentielles partagées telles que la solidarité, la dignité et l’aide. Donc, il y a bien une écologie qui ne dit pas son nom, fondée sur la pratique avant le verbe.

Faire de l’écologie sans le savoir !

En luttant contre le gaspillage, la réparation et la valorisation de ce que la société de consommation rejette, un mouvement comme Emmaüs fait depuis soixante-dix ans, de l’écologie sans le savoir ! Les observations notées dans l’étude relativisent l’idée selon laquelle les classes populaires seraient hostiles à la transition écologique. Lorsque les actions au service de l’environnement apportent un bénéfice réel et sont menées dans le respect, et non dans la culpabilisation, l’adhésion citoyenne est forte.

Cette écologie, vécue chez les vulnérables préfigure un modèle de société plus sobre, nécessaire pour répondre aux urgences climatiques et de biodiversité. Rappelons que les personnes en situation de précarité sont surexposées aux risques liés à la détérioration de l’environnement, du fait de leur lieu d’habitation qui est souvent à proximité de zones inondables, près des zones industrielles ou agricoles polluantes et dans des logements mal-isolés. Et malgré tout, ils sont souvent plus écolos que les écolos ! Leur mode de vie favorise par nécessité des pratiques dépréciées par notre société de consommation. Faire durer les objets, les réparer, prêter, s’entraider et économiser l’énergie.

Des inégalités environnementales

Ce sont aussi les plus précaires qui sont plus touchés par les substances toxiques ou encore le bruit. Pour la première fois, l’Observatoire des inégalités s’est intéressé dans son rapport annuel, à la question des inégalités environnementales. Les personnes les plus pauvres indiquent plus fréquemment avoir froid chez elles en hiver, chaud en été, et vivre dans un logement humide. Leurs bébés ont ainsi un risque deux fois plus élevé de succomber à une bronchiolite que ceux des familles les plus aisées ! Par exemple, au travail, 65 % des ouvriers respirent des fumées et poussières contre 9 % des cadres. De la même manière, la moitié des ouvriers sont exposés à des produits dangereux, contre 12 % des cadres, et un tiers travaille dans le bruit, contre 6 % des cadres.

Un héritage familial

Le récent  rapport sénatorial « Sobriété et pauvreté » montre que les personnes en situation de pauvreté sont bien conscientes des causes du dérèglement climatique car elles en subissent les conséquences. Si le pouvoir d’achat est la première de leur angoisse, le souci pour l’environnement arrive en deuxième position pour 75 % des personnes interrogées, juste avant les inégalités sociales (73 %). Ces populations affirment avec fierté que la lutte contre le gaspillage est un héritage familial qui leur a été transmis par leur mère ou grand-mère. 85 % d’entre elles font des efforts de sobriété pour des raisons autres que financières. Elles disent être prêtes à faire des efforts supplémentaires.

Chez ces populations en difficulté, l’écologie est dictée par la réalité non par la morale. Elle est vécue en actions concrètes. Leurs pratiques quotidiennes basées sur une sobriété contrainte, génèrent aussi une empreinte carbone minimale.


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