Entretien avec Fabrice Valantin

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Ancien officier de la Légion étrangère, fondateur de l’association IRVIN,
(Accompagnement des jeunes vers l’autonomie, la responsabilité et
l’intégration professionnelle) conférencier, et « systémiste ».

Tenir debout, quelle résonance pour toi ?

Déjà, se tenir debout est une caractéristique profondément humaine. La station debout nous permet de voir loin, d’anticiper, de choisir une direction. À l’inverse, lorsqu’on « rampe », on subit davantage, on perd cette capacité de projection et de liberté.

Pour moi, tenir debout, c’est précisément cela : être en capacité de choisir et être libre. Comme le disait le philosophe Alain : « La liberté, ce n’est pas de faire ce que l’on veut, mais de vouloir ce que l’on fait. »

Aujourd’hui, pour moi, cela passe par former des adultes responsables, des citoyens libres, capables de choisir la direction qu’ils veulent donner à leur vie.

Qu’est-ce qui te fait tenir debout chaque jour ?

Si je tiens debout tous les jours, c’est d’abord grâce à mon parcours et à une formation qui m’a préparé : Saint-Cyr d’un côté, et l’école de la Légion étrangère de l’autre.

Mais ce sont surtout mes convictions et ma foi en l’humanité qui me portent. J’ai expérimenté à la fois le pire et le meilleur de l’homme.

Le pire, je l’ai croisé lors de mes engagements dans des guerres civiles, notamment pendant le siège de Sarajevo où j’ai vu jusqu’où la barbarie pouvait aller : les charniers, les massacres…

Pourtant, même au cœur de cet enfer, j’ai vu des personnes refuser cette méchanceté absolue. Cela prouve que la beauté réside dans le cœur de chacun et dépend de nos choix personnels.

Ce qui me fait tenir, c’est la certitude que l’avenir n’est pas écrit, qu’il nous appartient. C’est la volonté que nous y mettrons qui le façonnera.

Enfin, ce qui me pousse chaque jour, c’est de me dire que même si les choses ne fonctionnent pas toujours comme nous le souhaitons, l’aventure humaine en elle-même est suffisamment valorisante pour être vécue.

Il faut agir, parfois sans certitude ni espérance absolue de réussite, car ce qui compte avant tout, c’est l’instant présent et la qualité de ceux avec qui on le partage.

Quel est le signe marquant de notre époque d’après toi ?

Aujourd’hui, nous traversons une période de bascule. De nombreux systèmes ne fonctionnent plus, notamment parce qu’ils s’éloignent des principes fondamentaux du vivant.

La vie repose sur quelques lois simples : la diversité, la relation et le service réciproque. Un écosystème fonctionne parce que chaque élément contribue à l’équilibre de l’ensemble.

Dans notre propre corps, des milliards de bactéries nous rendent service en permanence. Dans la nature, les abeilles, les champignons, les racines des arbres, le cycle de l’eau ou de l’oxygène : tout est interaction, interdépendance, coopération.

Or, nos modèles ont été largement construits sur des principes inverses : compétition, maximisation de l’intérêt individuel et individualisme. Ce décalage explique en grande partie les déséquilibres actuels.

Face à cela, je ne me définis pas comme optimiste. Je me définis comme confiant et déterminé.

Confiant parce que l’histoire du vivant – quatre milliards d’années – montre sa capacité à traverser les crises. L’humanité elle-même, depuis des centaines de milliers d’années, a surmonté des bouleversements majeurs.

Déterminé, parce que cette confiance ne suffit pas : elle doit s’accompagner d’engagement, d’énergie, d’action. Ce n’est pas la certitude de réussir qui nous met en mouvement, mais la volonté d’avancer !

Comment tenir debout, ensemble ?

Le véritable danger aujourd’hui, c’est le fatalisme. Penser que « nous ne pouvons rien faire » revient à créer les conditions mêmes de l’impuissance.

À l’inverse, se remettre en mouvement, individuellement et collectivement, permet de franchir les obstacles. Ce n’est pas nier les difficultés – elles sont réelles – mais choisir de ne pas s’y résigner.

Tenir debout demain sera nécessairement collectif. La relation humaine est à la fois la source de nos plus grandes dérives… et de nos plus grandes ressources.

C’est par la qualité des liens que nous reconstruirons des équilibres durables.

Alors oui, le monde est instable, parfois chaotique. Mais c’est précisément dans ces moments-là que se joue l’essentiel : notre capacité à choisir, à nous relier, et à avancer.

Ensemble !

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