L’amour au bureau… au temps du télétravail !

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Jean-Étienne Joullié

Par Jean-Etienne Joullié, enseignant-chercheur en management à l’EMLV

TRIBUNE. Avant la généralisation du télétravail à la suite de l’épidémie de covid, on estimait que plus de 60 % des adultes avaient déjà eu, ou allaient développer, une relation amoureuse sur leur lieu de travail, relation suivie, dans environ 40% de ces cas, d’une expérience de vie commune.

De telles statistiques ne sont pas surprenantes, le travail étant, une fois passé l’âge du lycée et des études supérieures, un lieu privilégié de socialisation et de rencontres formelles et informelles. On peut aussi noter que l’arrivée des sites Internet (puis des applications sur téléphone) de rencontre n’a pas modifié substantiellement la proportion de couples se formant dans un cadre professionnel ; en effet, les interactions en « face à face » offrent infiniment plus d’opportunités d’échange que celles qui débutent à distance, quel que soit leur support et mode d’interaction.

Le recul ne permet pas encore d’estimer l’effet de la généralisation du télétravail sur la proportion de personnes rencontrant leur âme sœur au travail. On peut cependant s’attendre à ce qu’une réduction du temps passé physiquement sur le lieu du travail entraîne un déclin des histoires d’amour qui y débutent. Il est difficile de faire des plaisanteries, d’offrir le café ou plus simplement de tenter un clin d’œil à son ou sa collègue lorsque l’on est tous les deux derrière son écran, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres l’un de l’autre. Et lorsque l’on se rend au bureau un ou deux jours par semaine, c’est généralement pour compresser en quelques heures des activités qu’il était malaisé de réaliser à distance : convaincre un interlocuteur a priori peu intéressé, préparer une présentation à plusieurs, examiner une maquette ou un échantillon, échanger avec un client ou un fournisseur important, etc. Difficile de prendre le temps d’interagir informellement dans ces conditions, surtout que la personne avec qui des atomes crochus pourraient exister n’est pas forcément présente le même jour (et si elle l’est, elle aura, elle aussi, un emploi du temps chargé).

Ainsi que nombre de DRH l’ont observé, la diminution des interactions physiques induite par le télétravail rend le développement et le maintien d’une forte culture d’entreprise difficile. Pour les mêmes raisons, il est vraisemblable que le télétravail soit peu propice à la naissance de relations débordant du cadre professionnel. Ce qui ne veut pas dire bien sûr qu’un tel événement soit impossible. De plus, si une relation intime vient malgré tout à se développer, le télétravail la rendra plus discrète et moins susceptible d’alimenter la machine à rumeurs (vous savez, celle qui est souvent à côté de celle à faire le café…).

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