Système agricole : vulnérabilité et pertes !

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Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

Sécheresses, inondations, cyclones, vagues de chaleur marines, pestes végétales ou maladies animales sur les cultures, l’élevage, les pêches et l’aquaculture, invasions de ravageurs… Toutes ces catastrophes ont coûté plus de 3 260 milliards de dollars à l’agriculture en 30 ans. Par Ezzedine El Mestiri. 

Année après année, les paysans du monde subissent cette avalanche de désastres naturels qui érodent leurs récoltes et portent atteinte à leurs moyens de subsistance. Une nouvelle étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) recense ces calamités qui infligent 99 milliards par an en moyenne de pertes au secteur, soit l’équivalent de 4 % du PIB agricole mondial. L’Asie est concernée par 47 % de ces pertes. Les Amériques suivent avec 22 %. Pour l’Afrique, avec 19 %, les dégâts sont moindres. L’Europe totalise 11 % des pertes mondiales et l’Océanie 2 %.

Des graves déficits en vitamines et minéraux

Les inondations à elles seules ont provoqué une perte de plus de 1 500 milliards de dollars. Les tempêtes ont coûté 720 milliards de dollars, les tremblements de terre 336 milliards de dollars, les sécheresses 278 milliards de dollars, les températures extrêmes 187 milliards de dollars et les feux de forêt 166 milliards de dollars.

C’est la première fois avec précision, qu’un tel état global des effets de ces chamboulements est recensé. Des chiffres qui en disent long sur l’ampleur de ces dommages : 4,6 milliards de tonnes de céréales, 2,8 milliards de tonnes de fruits et légumes et 900 millions de tonnes de viande et produits laitiers ont manqué pour assurer la sécurité alimentaire mondiale.

Rappelons que ces pertes de production ont aussi un impact sur les disponibilités nutritionnelles. En trois décennies, elles se sont traduites par des altérations estimées d’environ 320 kilocalories par personne et par jour, soit 13 à 16 % des besoins en énergie quotidiens moyens. Des graves déficits en vitamines et minéraux essentiels pour la santé humaine.

L’étude préconise l’appel à la technologie du numérique pour anticiper ces risques. « Les technologies numériques révolutionnent déjà la manière dont nous surveillons les risques, délivrons des alertes précoces et soutenons la prise de décision des agriculteurs. Nous assistons à un passage fondamental d’une réponse réactive à une réduction proactive des risques », remarque le directeur général de la FAO, QU Dongyu.

Anticiper plutôt que subir

En effet, des outils utilisés efficacement dans des dizaines de pays ont transformé la façon dont agriculteurs et organisations anticipent les risques. À l’exemple du dispositif Climate Risk Toolbox, qui compile des données mondiales pour guider la planification agricole et SoilFER, la plate-forme de cartographie des sols qui optimise les pratiques de fertilisation ou encore les assurances paramétriques, qui couvrent déjà 9,1 millions de fermiers grâce à l’analyse numérique des risques. Des systèmes capables d’anticiper plutôt que subir pour garantir une survie économique autant que de sécurité alimentaire. Cette révolution technologique se heurte à un obstacle, celui des 2,6 milliards de personnes qui restent sans connectivité, avec une alimentation électrique peu fiable et des infrastructures numériques inadéquates dans les zones les plus vulnérables. Elle n’aura d’impact que si elle s’accompagne d’investissements dans les infrastructures numériques, la formation, l’inclusion des petits producteurs et des peuples autochtones.

Des millions de personnes sombrent chaque jour dans la famine et nous continuons à négliger cette vulnérabilité de notre système agricole face aux conditions climatiques extrêmes. Le développement foisonnant des capacités de télédétection, de l’IA, et des plates-formes de communication mobile offre aujourd’hui à l’humanité des possibilités de mieux appréhender et prévoir les catastrophes. À nous et aux politiques publiques d’agir pour garantir les investissements, la coopération internationale, l’intégration du numérique dans les politiques agricoles.

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