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TRIBUNE. L’UFC-Que choisir Ensemble et No Plastic in my sea ont récemment publié un rapport intitulé « Supermarchés : toujours accros au plastique ? » qui présente les résultats d’une enquête réalisée dans plus de 1 600 magasins. Le constat est net : la grande distribution ne respecte pas ses obligations, ne prend pas ses responsabilités face à cet enjeu planétaire et ne joue pas le jeu de la transparence. Par Graziella Melchior et Véronique Riotton, députées Ensemble pour la République, rapporteures de la loi Agec.
L’omniprésence du plastique constitue un fléau. Les conséquences sur la santé humaine et environnementale sont en effet bien connues et documentées. Pour y faire face, la France a pris un tournant décisif avec la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), saluée pour sa portée innovante, ainsi qu’avec la loi Climat & Résilience, qui en font un pays pionnier en matière de lutte contre le plastique.
Celles-ci imposent des objectifs et des obligations à la Grande distribution notamment, dont la réduction d’emballages plastique à usage unique pour 2025, l’interdiction d’un certain nombre d’emballages pour les fruits et légumes ou encore l’obligation de 20 % de ventes de produits en vrac. Pour l’heure, aucune de ces obligations n’est pleinement mise en œuvre, parfois du fait des recours intentés par l’industrie du plastique pour empêcher les avancées réglementaires.
Néanmoins, depuis 2020, la grande distribution aurait eu le temps d’anticiper et de contribuer au respect des objectifs, ce qui n’a pas été le cas. Pire encore, on constate des reculs : non seulement elle ne s’est pas donnée les moyens d’atteindre l’ambition de réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique pour 2025 mais au contraire, ils ont augmenté de 3,3 %.
2026, année charnière
L’année 2026 constitue une année charnière avec la publication de la nouvelle stratégie 3R (Réduction, Réemploi, Recyclage) et le règlement européen PPWR qui fixe des objectifs de réduction des emballages pour les États membres.
En outre, la situation géopolitique avec le conflit au Moyen-Orient et l’augmentation des prix du pétrole – et donc des cours du plastique – constitue une réelle opportunité de mutation pour se détourner des emballages plastiques. En mars, le prix du plastique avait augmenté de 37 centimes par kilo, soit une évolution de +22 % par rapport au mois précédent et en avril de 55 centimes par kilo soit +26 %.
Comment agir ?
Ainsi que le rapport UFC No plastic in my sea le pointe, on ne peut pas détourner le regard quant au poids essentiel des bouteilles plastiques qui représentent 40 % des emballages en plastique des ménages.
Il est donc essentiel d’agir sur plusieurs leviers en la matière. À travers ses marques distributeurs comme dans les cahiers de charges avec ses fournisseurs, la grande distribution en a les moyens que ce soit pour le développement de la consigne, le recours à des bouteilles 100 % recyclées ou encore sur les films d’emballage et l’arrêt de la vente de bouteilles mini-format. Aucune des enseignes n’a pourtant réellement mis en place de stratégie pour soutenir l’objectif de réduction de 50 % des bouteilles en plastique en 2030 prévu par l’Agec : il est plus que temps.
Aussi, nous appelons le gouvernement à proposer un dispositif pour réduire la mise sur le marché des bouteilles, à mettre en place un système de consigne, à agir sur la fiscalité, à réfléchir à des campagnes promotionnelles de l’eau potable ainsi qu’à réunir les Établissements recevant du public (ERP) pour le déploiement des fontaines à eau prévu par la loi.
Plus globalement, sur les emballages plastique, la grande distribution doit s’engager, dans le respect de la stratégie des 3R. Une feuille de route doit être établie par les enseignes pour supprimer les ventes de produits emballés ou suremballés inutilement et pour développer le vrac.
Sur le premier point, concernant les fruits et légumes, il n’est plus tolérable de voir encore dans les rayons des sachets plastiques ou encore certains produits emballés, telles que les oranges. À ce sujet, nous appelons le gouvernement à publier un troisième décret car le règlement européen PPWR ne l’impose que pour 2030.
Sur le second point, l’obligation de 20 % de ventes en vrac est désormais précisée par décret. Les fournisseurs ont élargi leurs gammes de produits et les consommateurs s’y intéressent de plus en plus car c’est bon pour leur pouvoir d’achat, reste à la grande distribution à s’engager. Nous appelons aussi le gouvernement à publier au plus vite le décret relatif aux sanctions.
L’Agec a également fixé un objectif de 10 % d’emballages réemployés pour 2027. Pourtant, le taux actuel pour la grande distribution est estimé à 1 %. Là encore, la grande distribution ne joue pas le jeu ni de la transition écologique, ni du soutien à l’économie française. En effet, nous avons dans tous nos territoires des entreprises leaders en matière de réemploi mais qui jettent l’éponge faute de commandes. Les entreprises fabriquant des emballages en papier-carton, bien implantées elles aussi, doivent être soutenues. L’emballage sobre est bon pour la planète comme pour la souveraineté économique, là-aussi il y a des moyens d’agir, qui plus est face à l’augmentation inéluctable des cours du plastique.
Acteurs de la grande distribution, l’inertie et le cynisme ne sont plus permis. Agissez !




























