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Patron. Lorsque ce mot n’est pas employé dans l’univers de la couture, il désigne le « boss », le dirigeant d’une entreprise. Du géant du CAC 40 au fondateur de start-up, du chef de PME au micro-entrepreneur, tous se reconnaissent derrière cette appellation. Leurs origines sociales, leurs diplômes et même leur âge dessinent le portrait d’un leadership à la française, encore marqué par certaines dominantes socioprofessionnelles… où de nouvelles figures commencent à apparaitre.

Établir la fiche d’identité des patrons français n’est pas une mince affaire. « La catégorie patronale est la plus inégalitaire et la plus hétérogène de tous les groupes sociaux du point de vue des revenus, des patrimoines et des diplômes », indique le professeur de sociologie politique, Michel Offerlé. D’après les derniers chiffres publiés par l’Insee, en 2022 la France comptait 4,4 millions de dirigeants d’entreprise. Un record qui s’explique par le succès du statut d’auto-entrepreneur depuis 2009. Preuve à l’appui : le nombre de non-salariés a augmenté de 72 % entre fin 2008 et fin 2022.

Si l’on s’intéresse d’abord au critère de l’âge, on remarque que les PDG rajeunissent au fil des décennies. En 1970, un article du journal Le Monde avait établi que la moyenne d’âge des dirigeants des entreprises françaises se situait autour de 60 ans à leur arrivée en poste. En 2024, seuls 7 % des PDG atteignent les plus hautes fonctions de l’entreprise après la soixantaine. Dans le détail, les patrons des grandes entreprises seraient âgés en moyenne de 53-55 ans, contre 48 ans pour les dirigeants de TPE/PME. Quant aux micro-entrepreneurs, ils seraient plus jeunes, avec une moyenne d’âge établie autour de 41 ans.

Origines sociales, niveau d’études…

Sans surprise, la plupart des hauts dirigeants sont issus des classes moyennes et moyennes supérieures. « Ils ont tous, à quelques exceptions près, fait des études supérieures. Le tropisme Polytechnique/ENA/HEC reste majoritaire, mais tend à diminuer », développe le sociologue François-Xavier Dudouet, coauteur de Sociologie des dirigeants de grandes entreprises.

En comparaison, les dirigeants de TPE/PME sont moins diplômés en nombre d’années d’études et ont moins fréquenté les grands établissements. « On constate cependant ces dernières années une tendance à l’augmentation du niveau de diplômes, en particulier dans le secteur de l’industrie », dévoile Sophie Louey. La sociologue, spécialiste du petit patronat, ajoute que la majorité des patrons de TPE ou PME descendent eux-mêmes de chefs d’entreprise. « Leurs ancêtres leur ont transmis le goût de l’indépendance. Généralement, les petits patrons ont des expériences assez courtes en tant que salariés. »

En France, les grands dirigeants sont concentrés à Paris, il est rare que le siège de l’entreprise se situe en région. Concernant les dirigeants de start-up, « ils sont également très instruits et concentrés à Paris », ajoute François-Xavier Dudouet.

La féminisation en marche… à petits pas

Où sont les femmes… à la tête des entreprises ? En 2023, 26 % des entreprises françaises étaient dirigées par des femmes, selon l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises. Un chiffre en progression par rapport aux années précédentes, qui reflète malgré tout une lente évolution.

Malgré des avancées, les femmes restent peu présentes dans les postes de direction, notamment au sein du CAC 40 où elles se comptent sur les doigts d’une main : Hinda Gharbi (Bureau Veritas), Catherine MacGregor (Engie), Christel Heydemann (Orange) et Estelle Brachlianoff (Veolia). D’après la chercheuse spécialisée sur le petit patronat, les femmes occupent entre 20 % et 25 % des postes de direction dans les TPE et PME. « Plus le nombre de salariés dans la structure augmente, plus la proportion de femmes dirigeantes va diminuer. C’est le même constat au sein des grandes entreprises », pointe Sophie Louey.

Comment expliquer cette féminisation en demi-teinte au sein des entreprises ? Les femmes ont d’abord tendance à privilégier le salariat, pour mieux concilier vie professionnelle et vie familiale. Malgré les progrès réalisés en matière d’égalité des sexes, ce sont encore elles qui assument le plus souvent la garde des enfants et les tâches quotidiennes. Ces dernières années, on observe toutefois que, dans les entreprises familiales, les femmes sont moins écartées qu’il y a quinze ou vingt ans lors des successions. Une évolution qui s’explique aussi par leur niveau d’études, supérieur à celui des hommes.

« Il y a vingt ans, lorsqu’on faisait des études sur les dirigeants on ne se posait même pas la question de la parité », souligne François-Xavier Dudouet. Les femmes sont d’ailleurs très nombreuses à avoir le statut d’auto-entrepreneur. En effet, en 2022, près de 378 300 entreprises ont été créées par des femmes, dont environ 309 000 sous le statut d’auto-entreprise, ce qui illustre leur engagement croissant dans l’entrepreneuriat.

LISA BEGOUIN

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