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Imaginez une femme. Imaginez que cette femme souhaite travailler dans le monde de la tech. Et imaginez que celle-ci soit réfugiée. Voilà tout le combat de Joséphine Goube, la fondatrice de l’association Sistech, qui favorise l’autonomie des femmes réfugiées en leur permettant d’accéder à des emplois dans le secteur de la technologie et du numérique.
« J’ai grandi dans le nord de la France, entre Boulogne-sur-Mer et Calais. Vous n’imaginez pas à quel point il est effrayant pour un enfant de voir régulièrement des gens qui traversent l’autoroute en courant. Je ne comprenais pas pourquoi. Ma maman me disait qu’ils voulaient rejoindre l’Angleterre, pourquoi ne prenaient-ils pas le ferry comme tout le monde ? », nous confie Joséphine Goube, très tôt confrontée au phénomène migratoire qui touche le territoire calaisien. De cette colère, de cette injustice, de ce sentiment profond qu’il existe des citoyens de seconde zone… naît l’engagement de cette femme entrepreneure étonnée de l’écart qu’il peut exister entre la réalité et le discours politico-médiatique. Passée par Sciences Po et la LSE à Londres, Joséphine Goube a rapidement combiné la démarche intellectuelle au terrain, les constats à l’action.
Redonner aux réfugiées la vie qu’elles méritent
Depuis 2016, Joséphine Goube rencontre des femmes réfugiées qui décrivent la même réalité : « elles m’expliquent qu’elles sont surqualifiées et qu’elles ne trouvent pas d’emploi dans leur domaine. Parce qu’elles sont femmes réfugiées, d’anciennes procureures dans leurs pays deviennent femmes de ménage ou caissières. C’est une situation difficile à accepter, alors j’ai voulu les aider. Parce que je suis une femme et profondément féministe. »
Elle crée alors Sistech en 2017 pour réduire les souffrances, à son échelle. Aider les réfugiées à trouver un emploi dans la tech et donc à se reconstruire. Agir sur leur quotidien. La quasi-intégralité de nos financements provient des entreprises, et non des aides publiques. L’association – présente en France, Italie et Grèce – accompagne ses « fellows » sur tout ce qui pourrait les empêcher de décrocher un job dans la tech : frais de transports, ordinateurs, box wifi, gardes d’enfants, frais d’un hébergement temporaire si besoin, etc. Des offres de formation leur sont proposées, en lien avec des organismes sélectionnés avec attention.
Toutes les femmes réfugiées ne peuvent pas bénéficier du soutien de Sistech, les places étant limitées. « Nous regardons le niveau de langue ; leur état d’esprit, aspirent-elles à décrocher un emploi qui correspond à leurs compétences ou simplement un job alimentaire ? Si nécessaire, on les renvoie vers d’autres associations ; et enfin l’environnement psychosocial : on ne peut pas accueillir les sans-papiers, ou les femmes dont la santé mentale est trop aggravée », précise Joséphine Goube.
Compter sur les entreprises
Sistech – composé aujourd’hui de 18 employés – collabore avec des entreprises partenaires, mais aucune promesse d’embauche n’est faite. « Les femmes réfugiées participent à nos événements et rencontrent les employeurs. L’échange humain est formidable car il fait rapidement tomber les barrières et les stéréotypes que peuvent avoir les recruteurs à l’égard des réfugiées […] Je dis aux entreprises : ces femmes se sont tellement battues qu’elles ne partiront pas sur un coup de tête, un argument de choix pour des structures qui font souvent face à un turn-over élevé », défend Joséphine Goube, fière de voir ensuite la progression de ces femmes dans leur carrière et leur vie. Nombre d’entre elles jouent ensuite un rôle au sein de l’association, deviennent bénévoles, et certaines feront même partie du board.
D’un ADN forcément optimiste – le défi étant immense – Joséphine s’inquiète toutefois de l’incertitude et l’état de santé des entreprises, puisque leurs financements contribuent au développement de l’association. « Si les entreprises vont mal, elles ne dépensent pas d’argent chez nous, et c’est un frein à notre développement », pointe la fondatrice. Mais pas question pour Joséphine Goube de baisser les bras : « Un électron libre ? C’est quelqu’un qui agit pour une cause qu’il défend profondément, pas par opportunisme. »
GEOFFREY WETZEL































