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C’était l’hiver 1961. Barbara venait d’emménager rue de Rémusat, dans cette finitude gorgée de tristesse qu’est le XVIe arrondissement. Pour décorer son appartement encore vierge et nu, la chanteuse se rend à l’hôtel Drouot, fameuse salle des ventes parisienne. Au hasard des visites, Barbara surprend un regard perdu. Elle le racontera à la productrice Denise Glaser : « Tu sais, je vais souvent à la salle Drouot. C’est terrible parce que l’on y voit des gens qui se défont des choses qui étaient toute leur vie, pour quelques sous. C’est pathétique… Un jour comme ça j’ai assisté à une scène poignante… »
« Objets inanimés, avezvous donc une âme ? »
En demeurera une chanson, Drouot : « Comme chaque matin, dans la salle des ventes / Bourdonnait une foule, fiévreuse et impatiente / Ceux qui, pour quelques sous, rachètent pour les vendre / Les trésors fabuleux d’un passé qui n’est plus / Dans ce vieux lit cassé, en bois de palissandre / Que d’ombres enlacées, ont rêvé à s’attendre / Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes / Mais les choses murmurent si nous savons entendre. »
La dame en noir, donnant vie à cette « gloire déchue des folles années 30 », contrainte de vendre son passé au plus offrant, illustrait ici la place fondamentale prise auprès de nous par certains objets, lesquels sont comme des fragments de nous-mêmes. La visite des antiquaires est souvent une invitation à regarder ce passé en face. Le succès de l’émission « Affaire Conclue » – dont nous vous parlions plus avant dans le magazine avecle portrait de Julien Cohen, ancien acheteur – montre bien la curiosité que les Français ressentent face à cet étrange univers de la salle des ventes. Il y a le commissaire-priseur et son marteau, les deux acheteurs qui surenchérissent à chaque tour avant de se faire doubler par un mystérieux inconnu, là, au téléphone… Oui Drouot, vous connaissez forcément. Sans doute Christie’s et Sotheby’s aussi. Pour beaucoup c’est une passion, renforcée par le fantasme de tout un chacun. Et si le vieux vase de tata Simone qui prend la poussière dans le grenier valait en fait un fameux pactole ?
Tintin superstar
L’actualité fait ainsi mention, par des brèves éparses, des échos de ce petit monde qui transforme la naphtaline en or. Très récemment, ce fut ainsi Tintin (et Milou, évidemment, comment imaginer l’un sans l’autre) qui fit parler de lui. Une collection unique d’albums de « Tintin », et quelques « Quick et Flupke », est ainsi « passée sous le marteau » selon l’expression consacrée, lors d’une vente mémorable. Un exemplaire de Tintin en Amérique de 1932, dédicacé par Hergé, à l’abbé Helsen, l’un de ses mentors du Petit Vingtième, est estimé à 200 000 euros.
La valeur du document, outre son très bon état de conservation, se trouve dans la dédicace elle-même : « Tintin est un autre moi-même qui aurait continué dans cette voie, à fond… » Hergé avoue ici,dans le secret de sa correspondance, avoir imaginé le petit reporter bruxellois comme un prolongement de lui-même. Une confidence que ce taiseux maladif n’avait jamais osé faire face aux quelques micros aux devants desquels il s’aventura parfois. La vente de 75 albums du même genre, réalisée par la maison Tajan, s’est ainsi élevée à 934 443,55 euros avec les frais.
Ces ventes qui déchaînent les passions
En septembre dernier, ce fut l’agitation place Vendôme. Pensez-vous : le Ritz vendait certains de ses bijoux de famille ! Du mobilier au service de vaisselle, voilà de quoi attirer les curieux aux poches bien garnies. Et les cendriers, les flûtes, les cloches, les couvertures, les nappes… Une très jolie page de l’histoire du Paris doré et vernis. Des lithographies de Dali firent également parler d’elles chez Hansons’ Richmond, à Londres. La vénérable maison osa exhumer tout un attirail du peintre catalan, provenant de son ancienne demeure dans le quartier bohême de Mayfair.
Notons le succès toujours maintenu, surtout en cette saison automnale, des enchères dionysiaques. Le vin a la cote en salle des ventes et certains passionnés sont prêts à y mettre le prix – voire bien davantage parfois. Chaque troisième dimanche de novembre, les Hospices de Beaune se transforment en véritable temple des affaires à l’occasion d’une vente de vins exceptionnels (forcément, ce sont des Bourgogne). Une pièce de charité est proposée à la vente au nom d’une association, Médecins sans Frontières étant la vedette de l’édition 2024 aux côtés de la Global Gift Fondation. Deux stars du cinéma français viendront tenir le marteau aux côtés de l’organisatrice en chef, la maison Sotheby’s. Place à la superbe Zabou Breitman et à Jean Reno, ami d’EcoRéseau Business dont nous soutenons son initiative pour la défense des valeurs provençales. Dans un genre plus populaire et rabelaisien, notons aussi l’amusante vente aux enchères du vin de Montmartre, organisée chaque année à la mairie du XVIIIe arrondissement.
VALENTIN GAURE

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