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Artisanat ? Art ? Industrie ? On a tout dit, tout entendu, tout écrit sur le design. Comme si c’était quelque chose de perceptible, de saisissable. Le design c’est à la fois grandiose et minimaliste, épuré et coloré. Du 15 au 19 janvier, le salon Maison & Objet à Paris, qui accueille 3 000 marques et 70 000 visiteurs, mettra en lumière toutes les complexités et réalités qui existent derrière ce terme.
Design. Un mot que l’on a tous déjà entendu ou prononcé. Pourtant, il apparait difficile à définir. L’on pourrait se référer à la citation du graphiste américain Saul Bass : « Le design est la pensée rendue visuelle. » Le design serait donc l’expression artistique d’une idée, matérialisée à travers formes, couleurs et compositions.
Pour en saisir le sens, il faut s’intéresser d’abord à son étymologie. Si le mot est anglais, il tire son origine du moyen français (variété historique du français parlée de la fin du Moyen-Âge à la Renaissance, ndlr).
En effet, « design » vient du mot « dessigner » issu du latin designare qui signifie « marquer d’un signe, désigner, indiquer », comme le rappelle Stéphane Laurent dans l’introduction de son ouvrage Le design en France, deux siècles d’histoire.
En France, le design peut se comprendre à travers deux axes complémentaires : l’inventivité et le raffinement. D’un côté, il puise dans l’ingéniosité des inventeurs, entrepreneurs et ingénieurs ; de l’autre, il reflète une culture de l’élégance et du luxe.
Intimement lié à l’industrie, le design français trouve ses racines dans les années 1920, période de l’Art Déco, qui a vu émerger des figures emblématiques comme Le Corbusier, Charlotte Perriand ou Raymond Loewy.
Allier confort et esthétique
Mode, publicité, décoration… Le design n’est pas réservé à un secteur en particulier – et c’est sans doute ce qui contribue à sa définition large et englobante.
« La base du design, c’est d’imaginer un produit capable de remplir une fonction. Par exemple, la marque Decathlon fait du design », illustre Julie Pradier, directrice marketing et communication chez Maison & Objet. Le design, c’est joindre l’utile à l’agréable, allier confort et esthétique.
« Le confort est un ensemble complexe de données qui prend en compte non seulement l’usage, la forme, la couleur, le matériau, la fonctionnalité et l’ergonomie, mais aussi la santé ou une notion plus subjective comme le plaisir », détaillait le designer Patrick Norguet dans les colonnes des Échos.
Une dizaine de critères existent pour objectiver le confort, comme le rappelle Soizick Berthelot, ergonome et gérante du Studio d’ergonomie, à Paris.
Parmi eux, « le contact – trop ferme ou trop souple –, la posture du corps humain, (…) le sensoriel – qui touche aux cinq sens, comme le confort haptique –, ou l’environnement – la lumière, la température, le bruit ».
Et l’esthétique alors ? A priori, il est difficile de jauger ce qui relève du beau. « La beauté est éminemment subjective. L’esthétique désigne ce qui évoque des émotions, éveille nos sens », indique Julie Pradier.
La directrice communication de Maison & Objet prend l’exemple d’un fauteuil : sa fonction première est pratique – s’asseoir – mais il peut aussi être confortable et visuellement agréable. « Le design est multifonctionnel, mais le point de départ est son utilité ».
La French Touch
Existe-t-il un design à la française ? Pour les experts, la réponse est oui ! Cette « french touch » se caractériserait par une certaine élégance, beaucoup de légèreté avec des créations surprenantes.
On pense par exemple au designer français Hubert Le Gall, qui a conçu une gamme de fauteuils baptisée « Placide le lapin câlin » où le dossier du fauteuil se scinde en deux pour dessiner de longues oreilles de lapin.
ans son ouvrage, Stéphane Laurent rappelle que le design en France est surtout connu à travers ses créateurs comme Philippe Starck, Joseph Opinel ou Roger Tallon.
« Si l’univers du design a longtemps été dominé par des figures masculines, il ne faut pas oublier les créatrices qui ont marqué l’histoire en France, à l’image de Charlotte Perriand ou d’Andrée Putman », souligne Julie Pradier.
Le design en 2026
Lorsqu’on demande à la directrice marketing de Maison & Objet quelles sont les tendances à venir pour 2026, la réponse est sans appel : « il n’y a pas de tendance à proprement parler. Chaque créateur a sa personnalité et chaque personnalité a son esthétique. Chaque designer devient sa propre tendance ».
Julie Pradier concède tout de même que le design d’aujourd’hui n’est pas celui d’il y a vingt ans. Mais de nombreux designers du siècle dernier sont encore admirés.
Sans parler de tendance, on observe toutefois un fil conducteur chez les designers d’aujourd’hui : leurs créations privilégient les matières naturelles, avec une démarche RSE centrale.
Il y a aussi un intérêt fort pour le lien entre le passé et le futur, comment allier le savoir-faire, l’artisanat aux nouvelles technologies. C’est d’ailleurs l’une des thématiques du salon Maison & Objet. « Le design est une évolution de l’artisanat. Les designers d’aujourd’hui sont les artisans d’hier. »
Parmi les « stars » montantes du design ces dernières années, on peut citer l’architecture d’intérieur Rudy Guénaire – qui sera présent sur le salon – et Mathieu Lehanneur, qui a – entre autres – imaginé et conceptualisé la torche et la vasque olympique des Jeux de Paris 2024.
En France, les écoles spécialisées en design se sont multipliées ces dernières années. Le secteur poursuit ainsi sa professionnalisation, bien qu’il reste difficile d’établir avec précision le nombre de formations aujourd’hui proposées.
LISA BEGOUIN


































