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TRIBUNE. Deuxième en Europe en termes d’égalité des genres, la France ne compte pourtant que 24 % de femmes dans le secteur du numérique1 et à peine 17 % dans les métiers techniques2 (développement, cybersécurité, data, etc.). Ce décalage interroge. Par Christiane Pierlovisi, directrice des ressources humaines chez Hub One.
Alors que la tech fait face à une forte pénurie de talents, comment expliquer la faible présence des femmes dans ces métiers, et surtout, quelles solutions mettre en place pour y remédier ?
Des biais persistants à traiter en profondeur
Les difficultés de recrutement observées dans les métiers du numérique et de la tech trouvent en partie leur origine bien en amont de l’entreprise. En effet, dès le lycée, les filles sont moins représentées dans les filières scientifiques. À la rentrée 2025, la spécialité « mathématiques » était choisie par 42 % des filles en terminale générale. La situation est encore plus marquée pour la spécialité numérique et sciences informatiques (NSI) qui reste fortement déséquilibrée, avec seulement environ 15 % de filles parmi les élèves la choisissant.
Cette réalité se poursuit dans les études, où moins d’un tiers des étudiants dans les écoles d’ingénieurs en France sont des femmes. Mécaniquement, le vivier de recrutement des entreprises s’en trouve réduit, dans des métiers déjà en tension. Le sujet n’est donc pas seulement sociétal ; il est structurel pour l’économie numérique française.
Des initiatives existantes pour y remédier
Face à ce constat, de nombreuses initiatives ont été mises en place ces dernières années afin de mieux faire connaître les métiers du numérique auprès des jeunes filles. Programmes de découverte, interventions dans les établissements scolaires, stages d’immersion, bourses dédiées ou encore accompagnement vers les formations techniques : ces dispositifs visent à lever les freins d’orientation.
Des réseaux professionnels et des programmes de mentorat permettent également de rendre visibles des parcours féminins dans la tech. Cette visibilité joue un rôle déterminant pour favoriser la projection des jeunes filles.
De leur côté, les entreprises participent à cet effort en valorisant leurs métiers technologiques, en développant des parcours d’alternance et en soutenant des actions de sensibilisation. L’enjeu n’est pas de rééquilibrer statistiquement une filière, mais d’élargir l’accès à un secteur stratégique en veillant à ce qu’aucun talent ne s’en détourne par manque d’information.
La mixité comme levier de performance
Au-delà de la question du recrutement, la diversité des profils constitue un levier de performance. Selon l’enquête de Gender Scan en partenariat avec l’Unesco, travailler en équipe augmenterait de 75 % les performances des entreprises en France.
La mixité favorise également l’engagement des collaborateurs et renforce la dynamique collective. Elle permet d’enrichir les points de vue, de limiter les biais dans la prise de décision et de stimuler l’innovation, des facteurs particulièrement importants dans les secteurs technologiques où la complexité des problématiques nécessite des approches multiples.
Former autrement pour innover davantage
Si des avancées réelles ont été accomplies, le stéréotype d’une tech masculine demeure néanmoins profondément ancré et continue d’influencer, souvent inconsciemment, les choix d’orientation. Les entreprises multiplient aujourd’hui les initiatives pour attirer davantage de profils féminins, en se fixant par exemple des objectifs de parité, comme avec le Pacte Parité de la French Tech, ou en allant directement à la rencontre des élèves pour leur présenter les opportunités offertes par les métiers du numérique. Mais l’enjeu se joue également en amont, dès le collège et le lycée.
C’est à l’école que se construisent les imaginaires professionnels. Enseignants, conseillers d’orientation et intervenants extérieurs ont un rôle déterminant à jouer pour montrer la diversité des métiers du numérique, leur impact concret sur la société et les perspectives d’avenir qu’ils offrent. Des associations comme « Elles Bougent », ou encore des programmes tels que « Tech pour toutes », interviennent directement auprès des élèves pour sensibiliser les jeunes filles à ces carrières et leur proposer des rôles modèles inspirants. Il s’agit de rendre visibles des parcours, d’ouvrir le champ des possibles et de déconstruire les idées reçues.
La question n’est pas d’opposer les genres ni de favoriser l’un au détriment de l’autre. L’enjeu est de promouvoir une filière stratégique pour l’économie et l’innovation.
1. https://www.free-work.com/fr/tech-it/blog/talents-it/femmes-dans-la-tech-pourquoi-2025-pourrait-etre-une-annee-decisive-pour-plus-de-diversite
2. https://www.free-work.com/fr/tech-it/blog/talents-it/femmes-dans-la-tech-pourquoi-2025-pourrait-etre-une-annee-decisive-pour-plus-de-diversite































