Océan et filière française de pêche maritime
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Océan et filière française de la pêche maritime. Par Frédéric Toulliou, président de France Filière Pêche 

TRIBUNE. La Conférence des Nations Unies sur l’Océan (Unoc-3), qui s’est tenue mi-juin, dessine les contours d’une gouvernance durable de la mer. La France, à la tête du deuxième domaine maritime mondial, porte une grande responsabilité dans la réussite de ce grand événement qu’elle accueille.  La filière de la pêche maritime française, en particulier, est appelée à être l’un des acteurs-clés des transformations attendues, car elle se trouve naturellement à la rencontre de deux grands enjeux qui, loin d’être contradictoires, sont complémentaires.

L’enjeu environnemental d’abord. Notre filière est directement confrontée aux effets du changement climatique, à la dégradation des milieux naturels, aux menaces pesant sur la biodiversité. Nos professionnels en sont parmi les premiers témoins, sinon les premières victimes. Nous connaissons, parce qu’elle structure nos métiers, la profonde relation d’interdépendance entre les océans et les activités humaines. Nous savons combien la mer est une ressource fragile. Voilà pourquoi nous n’avons pas attendu pour défendre au quotidien une approche responsable de l’économie bleue. Notre ligne directrice n’est pas de pêcher plus, mais de pêcher mieux : de réduire l’impact de la pêche sur l’équilibre des écosystèmes naturels. Et même si nous pouvons et devons encore faire mieux, incontestablement, nous progressons : en vingt ans, la part des débarquements français provenant de stocks de poissons en bon état ou reconstituables est passée de 16 % à 56 %. Une trajectoire indissociablement liée à l’alliance entre la science, une réglementation des activités de pêche maritime parmi les plus strictes au monde, et un réseau d’entreprises responsables et engagées.

Une politique de souveraineté alimentaire

L’enjeu alimentaire, ensuite. En 2050, la planète comptera près de 10 milliards d’habitants. Nous ne pourrons nous passer de la ressource marine, d’une grande richesse et d’une haute qualité nutritionnelle. Or les océans représentent 70 % de la surface du globe, mais à peine 2 % de notre alimentation. Pour subvenir aux besoins de la population mondiale, il est temps d’activer tout leur potentiel.

Une politique de souveraineté alimentaire, dont la pêche française est un acteur aussi central que discret, répond à ces deux enjeux. Notre offre alimentaire marine est unique, composée de produits diversifiés, pêchés sous pavillon français dans le respect des rythmes naturels, ultra-frais et de qualité, accessibles à tous les budgets. Sans notre filière, la mer deviendrait un luxe, et les Français seraient dans l’obligation de se tourner vers toujours plus de produits importés de zones où les normes environnementales ou sociales sont bien moins exigeantes qu’en Europe.

Une année décisive

Aucun enjeu majeur ne peut être abordé sans la filière française de la pêche maritime. Forte, elle a depuis plusieurs années fait preuve d’une formidable résilience face à des crises majeures, comme le Brexit qui a accru la concurrence étrangère, ou encore la flambée des prix de l’énergie qui a grevé des marges déjà faibles. Et c’est grâce aux 70 000 femmes et hommes passionnés, engagés dans des métiers non délocalisables, au cœur des territoires littoraux dynamisés et valorisés que cela est rendu possible : près de 6 000 navires, dont 4 000 en métropole, une logistique puissante et efficace s’appuyant sur 34 halles à marée, un écosystème interconnecté de producteurs, de transformateurs et de distributeurs dont 3 500 poissonneries et presque autant de rayons marée en grandes et moyennes surfaces, tous opérant à flux tendu pour apporter une nourriture de qualité à des millions de foyers.

2025, « Année de la Mer », sera décisive pour les océans, comme pour ceux qui en vivent, qu’ils y travaillent ou qu’ils s’en nourrissent. La filière française a démontré sa capacité à relever les défis majeurs qui se présentent à elle. Aux pouvoirs publics, maintenant, de démontrer leur volonté de s’engager résolument et courageusement à ses côtés pour poursuivre dans cette voie, défendre cette approche française exigeante et ambitieuse, et la proposer comme un modèle inspirant pour toutes les autres filières dans le monde.

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