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Sur le pouvoir d’achat, 46 % des Français jugent la trajectoire économique de notre pays depuis 2017… très négative. Voilà ce qu’il ressort d’une étude menée par OpinionWay pour Hexagone en 2025. Le flou dans les débats autour du Budget et les divisions au sein de l’Assemblée nationale n’arrangent rien. La situation est-elle si mauvaise ?
Le pouvoir d’achat, c’est la quantité de biens et services qu’il est possible d’acheter avec ses revenus. Il est l’un des sujets phares en France, et beaucoup estiment encore en manquer. D’après le 14e baromètre annuel du pouvoir d’achat de Cofidis, en septembre 2025, il manque 507 euros aux Français à chaque fin de mois pour vivre confortablement. Pourtant, en 2025, malgré l’inflation, le pouvoir d’achat a très légèrement augmenté (0,7 %), d’après les projections de la Banque de France. Pourtant, les Français continuent de constater la baisse de leur pouvoir d’achat… Les chiffres ne traduisent-ils pas la réalité ?
Quand la perception diverge de la réalité
D’après une étude d’OpinionWay pour Hexagone, 68 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a plutôt diminué depuis 2017. « C’est un phénomène bien documenté, les ménages surestiment l’inflation. Ils pensent, en général, que les prix augmentent plus vite que ce qui est mesuré. Pendant la vague inflationniste, ce sont les prix des dépenses du quotidien comme l’alimentaire et les carburants qui ont le plus augmenté, ce qui a contribué fortement à cette surestimation », constate Erwan Gautier, économiste à la Banque de France.
Les ménages aux faibles revenus ont des dépenses contraintes du quotidien à réaliser : « Les dépenses dites essentielles, comme l’alimentaire, le chauffage/carburant, représentent une part plus importante des revenus des ménages modestes. Les ménages plus aisés, eux, consacrent une plus grande partie de leurs revenus à des dépenses dites “non-essentielles” (comme les voyages) et à l’épargne. Et si leurs revenus progressent moins vite, ils peuvent réduire ces dépenses en premier. »
Et en parallèle de ces dépenses contraintes, beaucoup confondent l’évolution des prix et leur niveau. Une faible inflation ne signifie pas que les prix sont en baisse. C’est une nuance qui pousse à une perception erronée de l’évolution du pouvoir d’achat. « On a tendance aussi à raisonner en niveau. Si on pense par exemple aux prix de l’alimentaire – qui comptent beaucoup dans la perception des ménages – ils sont à peu près stables depuis plusieurs trimestres et l’inflation mesurée sur un an de ces produits est donc faible. Toutefois, si les prix n’augmentent plus, le niveau des prix reste plus élevé qu’avant la vague d’inflation. Aussi, quand les ménages perçoivent une inflation plus soutenue que celle mesurée, c’est aussi parce qu’ils se réfèrent à une évolution sur une période beaucoup plus longue que les 12 derniers mois », précise Erwan Gautier.
Ces périodes anciennes reflètent alors un coût de la vie plus bas, et faussent les interprétations de ces ménages.
Quels leviers politiques pour augmenter le pouvoir d’achat ?
2026 débute dans l’incertitude totale. « Ce qui fait être très pessimiste, c’est la capacité de notre Parlement à trouver des compromis… Pour l’année à venir, au moins, voire pendant deux ans, le budget est reconduit à l’identique. On voit bien qu’il n’y aura jamais de prise de conscience d’une réforme nécessaire, parce qu’évidemment, une réforme, ça ne se décrète pas comme ça, du jour au lendemain », souligne François Langot, professeur d’économie à l’université du Mans et directeur adjoint de l’Institut des politiques macroéconomiques et internationales.
Malgré un gouvernement relativement instable ces derniers mois, des mesures sont étudiées dans le but d’améliorer le pouvoir d’achat des Français. Par exemple, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a proposé au gouvernement de baisser de 0,83 % les tarifs réglementés de l’électricité. Une annonce faite par sa présidente, Emmanuelle Wargon, sur Franceinfo, et qui reviendrait à une réduction de 9 euros par an, soit « plutôt une bonne nouvelle pour les Français, pour leur pouvoir d’achat », a-t-elle assuré.
À quoi s’attendre pour 2026 ?
Pour encourager le pouvoir d’achat des ménages, François Langot propose d’abord de favoriser le crédit, pour que les banques soient tournées vers le lancement de nouveaux projets plutôt que vers l’épargne, mais il interroge aussi sur la redistribution. « La question qu’il faut se poser, c’est, est-ce qu’il faut aller vers des redistributions plus fortes, en direction de ceux qui ne travaillent pas, ou qui s’arrêtent de travailler à 60 ans ? On ne pourra pas avoir des retraités qui ont un niveau de vie moyen aussi important que le niveau de vie moyen des salariés, et qui ont une espérance de vie de retraite de plus de 25 ans, ce n’est pas possible financièrement. »
Malgré les débats et incertitudes, la Banque de France s’est positionnée sur l’évolution attendue du pouvoir d’achat pour les prochaines années : « Il ralentirait encore en 2026, sous l’effet de la remontée de l’inflation, avant de progresser plus fermement en 2027 et 2028. »
LÉA JOANNES






























