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De Gaulle n’aimait pas l’Élysée. Ce palais, bâti par Louis XV pour distraire Madame de Pompadour, était aux antipodes de son idée de l’État. La demeure, avec ses dorures, ses boudoirs, ses petits salons et ses rideaux froufroutants, n’était qu’un jouet pour favorite, plus adapté aux soirées frivoles qu’à la nécessaire froideur régalienne. Il songea un temps à déplacer la présidence au Château de Vincennes, forteresse capétienne raide et nue, héritée de Saint-Louis. Le contraire d’un Palais de l’Élysée décidément trop féminin à son goût.
L’Élysée isole
La chose ne se réalisa jamais et nos présidents se succédèrent sous les mêmes lambris. Avec l’impopularité et le temps qui passe, tous firent l’expérience d’un palais devenant prison dorée, petite société sous cloche coupée du dehors, confite dans des courtisaneries un peu ridicules.
Emmanuel Macron, comme tous les autres, en fait aujourd’hui l’expérience, paralysé par la dissolution, contraint au seul rôle de notaire de la République. Ses déplacements en France (« sur le terrain », comme on dit bêtement) ne sont plus si nombreux.
L’Élysée est aussi une demeure du secret. Pompidou cache sa maladie, Giscard ses aventures, Mitterrand sa maladie et ses aventures. Le 7 avril 1994, un coup de feu éclate. François de Grossouvre, chargé des chasses présidentielles, s’est suicidé dans son bureau. Un mort à la présidence, voilà qui fait tache ! Cet ancien ami de Mitterrand est parti avec ses mystères.
Il y eut aussi, en 1899, la mort de Félix Faure, tombé raide dans les bras de sa maîtresse, à l’endroit même où Napoléon signa son acte d’abdication.
Au Sénat, paradis de notre République
Le lundi matin, lorsque son chauffeur vient le prendre à Rambouillet, Gérard Larcher aime souvent glisser une glacière dans le coffre avant de foncer vers Paris où l’attendent d’harassants rendez-vous. C’est que le président du Sénat aime bien déguster en ville le fruit de ses chasses, fidèle à ses valeurs terriennes.
Tout cet esprit de terroir se retrouve à chaque instant dans les murs du Palais du Luxembourg, siège officiel du Sénat. Il s’agit aussi de rappeler le rôle de vigie des territoires qu’incarne le Sénat, contre-balancier indispensable à une France trop urbaine.
Gérard Larcher a le privilège de pouvoir travailler et se reposer au Petit Luxembourg, charmante résidence voisine au Sénat, sorte de petit refuge de campagne en pleine capitale. La décoration du bureau du président du Sénat, style Empire, est agrémentée d’images de chevaux, l’animal favori de Gérard Larcher, vétérinaire de profession.
Sympathique entorse à la laïcité, il est possible d’aller se recueillir dans la chapelle du Palais du Luxembourg, construit rappelons-le sur la volonté de Marie de Médicis. De magnifiques serres viennent agrémenter le petit jardin privé. Christian Poncelet, prédécesseur de Gérard Larcher, aimait parfois y dîner avec de proches amies.
Ces cocons où se reposent nos dirigeants
Le repos du guerrier… Après une semaine de travail, nos présidents ont pris l’habitude, depuis Nicolas Sarkozy, d’aller se reposer à La Lanterne, pavillon de chasse du domaine de Versailles. Auparavant, la résidence était dévolue aux Premiers ministres qui doivent aujourd’hui se contenter de Souzy-la-Briche, en Essonne.
La Lanterne incarne tout l’inconscient monarchique d’une France où les présidents se drapent volontiers dans les atours d’un pouvoir régalien. Ce pavillon discret, niché dans l’écrin boisé de Versailles, est bien plus qu’un simple lieu de villégiature : il symbolise la continuité d’un État où le chef suprême, épuisé par l’exercice du pouvoir, trouve refuge loin du tumulte républicain.
À La Lanterne, le Président se délasse. Mais c’est bien au Fort de Brégançon qu’il se prélasse, au cœur d’un « Élysée sur mer » qui eut ses adeptes et ses contempteurs. De Gaulle et Mitterrand n’aiment pas, Chirac et Hollande apprécient, Pompidou et Macron adorent.
Anciennes résidences et adresses mystérieuses
D’anciennes résidences nous rappellent aussi le charme d’une République surannée. Voyez le château de Rambouillet, ancien haut-lieu des chasses présidentielles cédé en 2008 par Nicolas Sarkozy au Centre des monuments nationaux. Il y a aussi le Grand Trianon, toujours à Versailles, merveille patrimoniale jadis dédiée aux grands invités de la France.
De façon moins connue, certains ministères bénéficient également de résidences dédiées. Les Affaires étrangères ont l’usufruit du château de La-Celle-Saint-Cloud, souvent utile pour l’organisation de réunions internationales. La Culture bénéficie pour sa part du coquet château de Champs-sur-Marne, frappant de ressemblance avec l’Élysée.
Comme on est bien dans les bras de cette République…
































