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Le quiet fighting n’est pas un clash visible au bureau, ni un mail agressif envoyé à la hiérarchie. C’est une forme de dissidence discrète, un retrait feutré et persistant qui raconte une tension profonde entre salariés et managers, souvent avant même qu’un conflit ouvert n’éclate. 

Dans les colonnes de The Conversation, Jérôme Coullaré et Olivier Meier, respectivement docteur en sciences de gestion à l’IAE Paris et professeur des Universités, président de l’Observatoire ASAP à l’Université Paris-Est Créteil Val de Marne, évoquent un phénomène émergent observé dans une grande entreprise du CAC 40 : le quiet fighting. Contrairement au quiet quitting, qui se traduit par un retrait dans l’investissement personnel, le quiet fighting décrit une lutte interne du salarié non exprimée ouvertement, où dissidence et résignation coexistent. Cette forme de conflit silencieux, indiquent les auteurs, peut être un signal avant-coureur de tensions plus profondes entre les collaborateurs et la direction.  

Quand dissidence et résignation se mêlent 

Selon The Conversation, le quiet fighting combine deux attitudes distinctes mais reliées : la dissidence empêchée et le silence de résignation. La dissidence empêchée se manifeste lorsque le salarié conteste des décisions ou des pratiques, mais ne peut pas ou ne veut pas le formuler ouvertement. Au lieu de cela, l’opposition se joue dans les marges du travail quotidien, à travers des comportements subtils qui reflètent une contestation intérieure 

Le silence de résignation, en revanche, ne consiste pas à protester mais à se retirer progressivement sur le plan émotionnel et relationnel. Ce retrait n’est pas un désengagement total comme dans le quiet quitting, mais une forme de retrait stratégique qui laisse entendre une lassitude profonde face à l’organisation.  

Les auteurs insistent sur le fait que ces deux comportements ne constituent pas un continuum avec le quiet quitting, mais une dynamique propre, révélatrice d’un malaise caché. Ils soulignent que ce phénomène est alimenté par un sentiment d’injustice organisationnelle, souvent lié à un fossé entre les valeurs affichées par l’entreprise et les expériences concrètes des salariés. Plus de 120 incidents ont été recensés dans l’un des plus grands groupes du CAC 40. 

Signaux pré-insurrectionnels et hypocrisie organisationnelle 

L’enquête décrite dans The Conversation s’appuie sur des entretiens approfondis réalisés en 2024 et 2025 auprès d’une cinquantaine de collaborateurs volontaires dans une grande entreprise française du CAC 40. Cette méthodologie, expliquent les chercheurs, permet de mettre en lumière des incidents critiques révélateurs de tensions internes. Selon les auteurs, ce quiet fighting peut être interprété comme un signal pré-insurrectionnel : un ensemble de comportements indicatifs de problèmes plus larges qui n’ont pas encore éclaté au grand jour. Ils alertent sur le fait que ce phénomène reflète souvent une « hypocrisie organisationnelle », c’est-à-dire un décalage entre les discours éthiques et les pratiques réelles de l’entreprise, qui finit par nourrir ressentiment et tensions chez les salariés.  

Dans ce cadre, les réactions silencieuses des salariés sont autant de signaux faibles qui méritent attention. « Plus une organisation revendique une raison d’être morale, plus elle doit en apporter la preuve ; sinon, la loyauté de ses collaborateurs se mue en allégeance à contrecœur, porteuse de ressentiment », écrivent les chercheurs. 

Pourquoi le quiet fighting compte 

À l’heure où la qualité de vie au travail et l’authenticité des engagements des entreprises sont de plus en plus valorisées, le quiet fighting pose une question centrale : comment capter et traiter des formes de tension qui ne se manifestent pas par des conflits ouverts ? Les auteurs de The Conversation suggèrent que l’attention portée à ces signaux silencieux doit être intégrée dans les stratégies managériales, sous peine de voir se développer, à terme, des confrontations plus visibles et plus coûteuses.  

Ce phénomène, bien que discret, montre que les conflits au travail ne sont pas toujours bruyants ou spectaculaires. Ils peuvent se jouer dans l’ombre, à travers des silences, des renoncements et des stratégies discrètes qui traduisent un malaise profond au sein des organisations.

Si vous souhaitez aller plus loin, retrouvez l’article publié par The Conversation France concernant le quiet fighting.

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