Créer de zéro ou racheter une affaire existante : deux chemins, deux logiques. Avant de franchir le pas, voici les questions à se poser pour avancer avec lucidité.
Chaque année, environ 27 % des Français (soit près de 14,7 millions de personnes) envisagent de créer ou de reprendre une entreprise, selon une enquête OpinionWay pour la CCI France et le Medef, mais beaucoup oublient de s’interroger sur leur profil, leur statut ou leur budget. Comment éviter les mauvaises surprises ?
Les questions avant d’entreprendre
Pour commencer, il faut se demander si l’on est vraiment fait pour diriger une entreprise. Il faut accepter de ne pas tout maîtriser, savoir s’organiser, prendre des décisions et déléguer quand c’est nécessaire. Beaucoup de créateurs choisissent la micro-entreprise, car elle est simple. Mais elle n’est pas un statut au rabais : c’est une vraie entreprise, avec des obligations. Il faut par exemple fournir des factures, déclarer ses recettes chaque mois ou chaque trimestre et payer la TVA si l’on dépasse certains seuils de chiffre d’affaires. Autre point à vérifier : certaines activités sont interdites en micro-entreprise, comme la plupart des activités immobilières, les professions libérales réglementées (avocat, médecin…) ou les activités artistiques. Et si vous voulez vous associer avec quelqu’un, ce régime n’est pas possible : il est réservé à ceux qui se lancent seuls.
Il faut ensuite regarder sa situation personnelle et la taille de son projet. Vous pouvez garder votre emploi de salarié, sauf si votre contrat l’interdit. Si vous touchez le chômage, vos revenus d’entrepreneur feront baisser vos allocations. Vous pouvez alors demander à recevoir une partie de vos droits d’un seul coup, grâce à l’ARCE, une aide à la création d’entreprise. Le chiffre d’affaires est aussi limité : environ 190 000 euros par an pour la vente de produits et 80 000 euros pour les services. Au-delà, il faut changer de régime. Enfin, pensez à vos biens et à votre retraite. Depuis 2022, votre patrimoine personnel est protégé, mais un créancier peut vous demander d’y renoncer. De plus, au-delà de 44 000 euros de revenus par an, vous cotisez moins qu’un salarié et votre retraite sera plus faible. Dernier réflexe : si vos dépenses sont élevées, le régime micro peut vous coûter plus cher qu’un régime classique.
Les questions avant de reprendre une entreprise
Reprendre une entreprise, c’est récupérer des clients, une équipe et des résultats déjà connus, au lieu de tout construire. C’est plus rassurant car selon Bpifrance relayé par Les Repreneurs, 80 % des entreprises reprises sont toujours en activité cinq ans plus tard, contre environ 50 % des entreprises créées. Pas besoin d’être spécialiste du secteur : savoir diriger une équipe et comprendre des comptes est plus important. En revanche, il faut préparer son argent très tôt. Les banques demandent généralement un apport personnel de 20 à 30 % du prix d’achat, soit 100 000 à 150 000 euros pour une entreprise à 500 000 euros. Le vendeur peut accepter d’être payé en partie plus tard, et des prêts d’honneur (sans intérêt) peuvent aider, mais reprendre sans aucun apport reste très rare.
Il faut ensuite trouver la bonne entreprise. Il faut chercher partout à la fois : sites d’annonces, intermédiaires spécialisés, réseau personnel, et contact direct avec des dirigeants proches de la retraite. Pour savoir si le prix est correct, on le compare aux bénéfices que l’entreprise génère chaque année avec la méthode du multiple d’EBE (excédent brut d’exploitation) : on les multiplie par 3 à 5 pour un commerce, et par 5 à 8 pour des services aux entreprises. Un audit permet ensuite de vérifier que tout est exact. Comptez enfin 12 à 24 mois entre votre décision et la signature. Pendant ce temps, renseignez-vous sur les aides, comme la garantie Bpifrance, qui couvre jusqu’à 70 % du prêt bancaire, et demandez-les avant l’achat. Entourez-vous aussi d’un expert-comptable, d’un avocat et de la CCI : s’en passer coûte souvent plus cher. Enfin, la taille de l’entreprise compte Dans une très petite entreprise, tout repose souvent sur le dirigeant qui part, alors qu’une plus grande demande un montage financier plus complexe.




























