115 skippers ont pris la route de la Route du Rhum ce dimanche.
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La voilà lancée ! La célèbre Route du Rhum a pris le départ la veille à 13 h 02, à Saint-Malo. Pour les 115 skippers engagés, direction la Guadeloupe, soit à environ 6 560 kilomètres ! À terre, des ingénieurs scrutent, en temps réel, les performances pour suivre cette célèbre course à voile transatlantique en solitaire. Une course entre les skippers, la mer… et la data.

Seul sur l’eau, ou presque… Charles Caudrelier s’est lancé, ce dimanche, dans cette 13e édition de la Route du Rhum. En mer, le Français, vainqueur en 2022 et détenteur du temps de référence de l’épreuve en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes. Il se lance, cette fois sur Gitana 18, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild. Mais la course se joue plus en équipe qu’il n’y paraît. Avec, à terre, une équipe de spécialistes responsables de la data, qui joue un rôle majeur dans la course.

Une donnée devenue indispensable

Ce type de course présente des risques majeurs pour le skipper. Se retrouver seul en pleine mer, ce n’est pas commun. « Les organisateurs de course se sont bien rendu compte que, de toute façon, c’était un peu irréaliste de mettre quelqu’un en autonomie totale sur un bateau comme cela et qu’il fallait forcément avoir cette donnée qui arrive à terre pour préserver les machines, et évidemment les marins », souligne Nicolas Le Griguer, responsable du secteur électronique embarqué, de la Team Gitana.

Et, depuis, le boom des technologies a permis de faire évoluer ces types de courses. Les bateaux ont changé d’échelle, et leurs besoins avec. « Historiquement, l’électronique sur les bateaux, c’était surtout pour avoir des capteurs de mesure de vent, avoir un pilote automatique et des choses assez simples. Mais maintenant, avec les bateaux qui sont complexifiés, on a énormément de capteurs à gérer », explique-t-il.

L’ampleur des données collectées donne le vertige. « Environ 700 points de mesure qui nous reviennent à terre en temps réel », estime Nicolas Le Griguer. L’équipe collecte environ « quelques milliards de données par jour ! ». Des données qui sont récoltées en temps réel « plusieurs fois par minute ».

« C’est un vrai game changer d’avoir la donnée », confirme le spécialiste. Et, justement, l’un des précurseurs de cette évolution, c’est Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk, qui a modifié tout le processus de réception et de collecte des données.

« Nous ne sommes pas des écuries de Formule 1 »

La priorité, c’est la sécurité. Ce qui veut aussi dire ne pas inquiéter le marin pour peu, une priorité pour les équipes. « Des serveurs récupèrent et traitent ces données pour éviter de polluer le marin avec des alarmes qui pourraient ne pas être pertinentes ou avec des faux positifs », explique-t-il. En coulisses, les équipes s’activent en permanence : « Si jamais il y a un ou plusieurs seuils qui sont dépassés, nous sommes avertis par des systèmes de messagerie instantanée directement sur notre téléphone, à toute heure du jour et de la nuit. » Alors, derrière Charles Caudrelier, l’équipe est constamment au pied levé. « Nous avons des espèces de tables rondes, ou cellules de crise, on brainstorme et nous revenons ensuite vers le bateau pour l’alerter ».

Reste que tout n’est pas résolu ! À commencer par l’environnement qui joue aussi contre le marin et ses équipes. « Notre environnement est assez exigeant, il est assez pénible, même pour ce qui touche à l’électronique, puisque l’électronique n’aime pas l’eau. Encore moins l’eau salée ! Cela cause des problèmes d’intégration de capteurs, notamment. Nous aimerions faire des choses, mais les solutions n’existent pas forcément dans l’industrie traditionnelle », souligne Nicolas Le Griguer.

Et avec les évolutions technologiques majeures qui sont venues changer le sport en lui-même, la vraie limite a changé de nature. Il ne s’agit plus de savoir comment collecter, mais comment analyser le plus efficacement possible. « Le facteur limitant, c’est d’avoir la puissance de frappe pour analyser toutes ces données. Nous ne sommes pas des écuries de Formule 1 avec une cinquantaine d’ingénieurs qui regardent la donnée en temps réel. Nous sommes des structures un petit peu plus modestes », rappelle-t-il. C’est là qu’entrent en jeu les technologies émergentes comme l’intelligence artificielle. Cette dernière a permis d’automatiser les processus et faciliter l’analyse de données en masse.

Mais la data, elle, n’a de valeur que si elle est propre, réelle et bien collectée. « Il y a un vrai travail de fond. Si un capteur est mal étalonné ou défaillant, ça peut mettre en péril la qualité de l’analyse à la fin ». De quoi rappeler qu’une telle course ne se gagne jamais seul.

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