L'effet boomerang se popularise
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Quitter une entreprise, y revenir quelques années plus tard, et parfois s’y épanouir davantage : l’effet boomerang n’est plus une curiosité RH. Dans un marché de l’emploi mouvant où les salariés arbitrent en permanence entre sens, perspectives et conditions de travail, les organisations voient désormais d’un bon œil ces retours.

D’autant qu’ils répondent à une logique simple : un collaborateur qui revient connaît déjà la maison, son ADN, son fonctionnement, tout en apportant l’expérience qui a été engrangée ailleurs. Longtemps perçu comme un aveu d’échec ou une pratique marginale, l’effet boomerang devient aujourd’hui un véritable levier stratégique pour les entreprises qui savent en tirer parti.

Ce mouvement, déjà bien installé dans de grandes structures technologiques, gagne du terrain dans des entreprises de toute taille. Les recrutements boomerang ont augmenté depuis la crise sanitaire, période durant laquelle beaucoup ont quitté leur poste pour chercher autre chose, avant de réaliser que l’herbe n’était pas toujours plus verte ailleurs. Selon le baromètre LinkedIn de l’emploi, publié en février, la part des salariés français ayant changé d’employeur, et étant revenus travailler dans une entreprise ou une organisation pour laquelle ils avaient déjà travaillé, a augmenté de 36 % en trois ans. Résultat : un retour assumé, et des entreprises qui, désormais, n’hésitent plus à rouvrir leurs portes en capitalisant sur ce parcours atypique.  

Un avantage compétitif pour les entreprises en quête de repères 

Pour un employeur, réintégrer un ancien salarié représente d’abord un gain de temps précieux. Les profils boomerang ne nécessitent pas d’intégration particulière, s’adaptent plus vite au process interne et s’insèrent naturellement dans les équipes. Mieux : leurs regards neufs, nourris des expériences extérieures, peuvent secouer des habitudes installées et apporter les bonnes pratiques glanées ailleurs. C’est d’ailleurs l’un des arguments avancés par les directions RH qui encouragent la création de viviers d’anciens collaborateurs, entretenus par des réseaux internes par exemple. Selon Audrey Richard, présidente de l’Association nationale des DRH (ANDRH), interrogée par Ouest-France en 2023, un retour dans une ancienne entreprise est une chose très positive : « En tant que DRH, je trouve que c’est toujours très riche de voir revenir quelqu’un. Parce que la personne a acquis une autre expérience, a enrichi ses compétences, s’est confrontée à un autre écosystème, elle peut potentiellement enrichir l’entreprise avec son réseau ». Le message est clair, partir n’est plus une rupture définitive, mais une parenthèse potentiellement bénéfique pour tous.  

Le retour peut aussi agir comme un signal positif auprès des équipes. Voir un ancien collègue revenir renforce l’image d’une l’entreprise capable de retenir durablement ses talents, et incite les salariés actuels à se projeter davantage. Attention toutefois : pour que l’effet soit pleinement vertueux, encore faut-il que l’organisation ne considère pas ces retours comme des solutions par défaut. Recruter un salarié « boomerang » doit répondre à une vision stratégique et pas à une urgence conjoncturelle.  

 Un retour qui interroge les pratiques managériales 

Si les salariés reviennent, c’est souvent parce que les conditions de départs ont été apaisées et que le dialogue a été maintenu. Une entreprise qui cultive une sortie « propre » (feedback ; transparence ; ouverture) maximise ses chances de revoir un jour ses ex-meilleurs salariés taper à sa porte. Mais ce phénomène incite aussi les dirigeants à questionner leurs pratiques managériales : qu’est-ce qui pousse à partir ? Qu’est-ce qui donne envie de revenir ? Les salariés « boomerang » deviennent alors des témoins privilégiés des forces et des faiblesses de l’organisation. 

Le défi consiste également à bien gérer leur réintégration sur le plan humain. Entre les attentes des équipes restées fidèles et celles du collaborateur revenu avec des ambitions nouvelles, l’équilibre nécessite un management attentif. Pour éviter les frustrations, les entreprises doivent clarifier dès le départ le rôle, les missions et les perspectives de retours. Car si l’effet boomerang peut être un formidable accélérateur de carrière, il ne doit jamais créer de sentiment d’injustice en interne. Souvent, ce retour constitue une deuxième chance : pour le collaborateur, de trouver enfin sa place et pour l’entreprise, de réaffirmer sa capacité à évoluer. 

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