Forêts primaires : un record de destruction !

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Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

6,7 millions d’hectares de forêts ont disparu en un an dans les écosystèmes cruciaux pour le climat et la biodiversité.

Triste nouvelle pour la protection des forêts. L’Union européenne vient de réduire ses ambitions environnementales en vidant de sa substance la loi contre la déforestation. Adoptée en 2023, cette règlementation devrait entrer en application fin 2024 et interdire la commercialisation en Europe de produits provenant de terres déboisées. L’objectif est d’imposer aux importateurs une traçabilité totale.

Malheureusement, cette loi ne s’appliquera qu’à partir de fin 2025 pour les grandes entreprises et à partir de juin 2026 pour les petites. Ainsi, l’Union européenne, deuxième importateur mondial de produits liés à la déforestation a nivelé par le bas sa législation. Un recul mal venu  au moment où la planète vient de perdre une quantité record de forêts en 2024.

Le dernier rapport de l’Observatoire mondial des forêts du World Resources Institute (WRI) révèle que 6,7 millions d’hectares ont disparu en un an dans les écosystèmes cruciaux pour le climat et la biodiversité. Un niveau jamais atteint depuis deux décennies ! C’est la première fois que les incendies et non l’agriculture qui ont été la principale cause de la disparition des forêts tropicales primaires, représentant près de 50 % de l’ensemble des pertes.

Inverser la tendance

En 2024, le Brésil a perdu les plus grandes superficies de forêt tropicale. La destruction de forêts boliviennes a augmenté de 200 % pour atteindre un total de 1,5 million d’hectares. La forêt primaire colombienne a enregistré une augmentation de près de 50 % de perte. La République démocratique du Congo (RDC) a connu les niveaux les plus élevés de perte de forêt jamais consignés, avec une augmentation de 150 % par rapport à 2023. Des pays comme le Gabon, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine (RCA) ont réussi à se maintenir dans une zone de stabilité. Et en dépit d’une année ravageuse, l’Indonésie et la Malaisie ont toutes deux connu moins de pertes de forêts primaires qu’en 2023.

À ce rythme de destruction, l’objectif mondial de mettre fin à la perte de forêts d’ici 2030 ne serait pas atteint. Et il est impérieux de réduire la déforestation de 20 % chaque année, dès maintenant. Les auteurs du rapport préconisent des multiples actions afin d’inverser la tendance et remettre le monde sur la bonne trajectoire. Renforcer la prévention et la réponse aux incendies à travers des systèmes d’alerte précoce, concevoir des équipements d’intervention rapide et des programmes d’éducation sur des pratiques agricoles sans brûlage. Encourager les économies forestières qui profitent directement aux peuples autochtones et aux communautés locales. Il est urgent aussi de lutter contre l’exploitation forestière illégale et l’exploitation minière.

Une volonté politique renforcée

« En définitive, des progrès durables nécessitent des solutions adaptées aux réalités locales, une volonté politique renforcée tant des pays forestiers que des pays importateurs de matières premières, ainsi qu’une meilleure anticipation des risques croissants liés au changement climatique. Faute de cette mobilisation collective, les forêts et les nombreux bénéfices qu’elles procurent continueront de disparaître.» prévient  le rapport de l’Observatoire mondial des forêts.

Il est clair que des mesures fortes et réfléchies doivent être prises pour protéger les forêts primaires, dans l’intérêt des populations, de la biodiversité et du climat. En 2021, 140 pays se sont engagés, lors de la COP26 à Glasgow, à stopper la déforestation d’ici à 2030. Faut-il les croire ? L’écart est abyssal entre leurs promesses et les progrès réalisés dans ce domaine. L’humanité ne peut plus se permettre d’ignorer ce manquement, en continuant à avancer dans la mauvaise direction.

« S’il fallait un jour que les forêts disparaissent, l’homme n’aurait plus que son arbre généalogique pour pleurer. », prédisait Albert Einstein.

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