Suisse : l’incroyable modèle

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Suisse
De la démocratie en Suisse, Dominique Motte, éditions La Route de la Soie

Comment fonctionne exactement le système suisse ? Plongée non-exhaustive dans les rouages de notre fascinant voisin.

La grande France aurait-elle avantage à s’inspirer de la petite Suisse ?

La Suisse est parfois stigmatisée par une partie du prisme politique français. Voilà quelques clichés trop souvent égrainés : « Repère de riches, paradis fiscal, enfer ultra-libéral. » C’est oublier qu’il existe en Suisse un ISF désormais supprimé en France et que le secret bancaire n’est plus en vigueur depuis 2014 (sauf pour les Suisses eux-mêmes). Quant au taux de chômage, il était de 2,5 % en janvier 2024. Et tandis que nous traversions récemment en France une crise agricole inédite, la Suisse continue de financer son agriculture via une politique totalement souveraine, qui vise à l’autosuffisance alimentaire nationale. En l’échange de ces dotations publiques, les agriculteurs s’engagent à entretenir la ruralité : ils contribuent à maintenir de la vie dans les villages.

La Suisse réussit. Le tout sans UE, sans Euro et sans Otan. En matière militaire, la Suisse n’a d’ailleurs pas à se plaindre, car elle entretient l’une des dernières armées de conscription en Europe. Elle est la seule nation au monde à pouvoir protéger l’entièreté de sa population en cas d’attaque nucléaire. Ce qui fait donc dire à l’essayiste Dominique Motte, meilleur spécialiste du système suisse, que son pays sera le dernier survivant mondial en cas d’hiver atomique !

Les lumières de Dominique Motte

Après une longue carrière dans le milieu du golf, Dominique Motte tente désormais d’expliquer les subtilités du modèle suisse au public francophone.

Pour tout comprendre, on se reportera à son formidable De la démocratie en Suisse, grand pavé de 800 pages publié aux éditions La Route de la Soie. Ne nous laissons pas intimider. En vérité, l’ouvrage prend la forme d’un dictionnaire et nous pouvons cheminer très librement entre les entrées, de « Smic » à « Mafia » en passant par « Franc suisse » ou « Congé maternité ». Cela permet de mieux appréhender la réalité d’un système en vérité très simple, transparent et efficace. La France aurait beaucoup à en apprendre.

La Suisse, comment ça marche ?

Dominique Motte insiste particulièrement sur le principe démocratique de la Suisse, pays de la votation directe, du consensus et du partage du pouvoir. Alors, avec un peu de provocation, cet auteur n’hésite pas à dire qu’en France, « nous ne sommes pas vraiment en démocratie ». En effet, la Suisse est une démocratie directe où le peuple est très régulièrement invité à prendre part aux décisions, aussi bien sur le plan communal, cantonal que fédéral. Ainsi, le 3 mars prochain, les citoyens suisses voteront pour ou contre le fait d’accorder « un 13e mois » aux retraités du pays.

Le plus incroyable, c’est qu’il est très probable que d’eux-mêmes, les électeurs répondront par la négative à cette proposition pourtant alléchante ! Déjà en 2012, les Suisses rejetaient la proposition d’une sixième semaine de congés payés – on imagine les résultats d’un tel scrutin en France… En effet, le corps électoral suisse est probablement le plus civique du monde, et d’une manière générale, les citoyens sont aussi attentifs au déficit de l’État (pourtant très faible) qu’à leurs propres dépenses personnelles.

Un souci porté au bien public qui s’explique sans doute par l’horizontalité du modèle. Plutôt qu’un pouvoir qui émane d’en haut, comme en France, la politique suisse « vient d’en bas » et réside entre les mains d’un peuple souverain et donc responsable. L’économiste libéral Charles Gave le dit à sa façon : « Vous connaissez le nom d’un politicien suisse ? Non. Voilà pourquoi ce pays fonctionne ».

Les dix principes de la démocratie suisse

Nous terminerons en égrainant les dix principes de la démocratie directe, tels que présentés par Dominique Motte. Pour aller plus loin, conseillons la lecture de son blog, trésor d’inventivité et de pédagogie.

1- Comme souverain, je réalise que seul est libre celui qui use de sa liberté.

2- Je m’engage à avoir peur à tous moments du pouvoir concentré et je comprends qu’il faut éviter à tout prix les grandes inflexions politiques.

3- Je m’engage à avoir pour objectif recherché de vivre ensemble nos diversités dans l’équité et le respect de l’autre.

4- Je prends conscience que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres et que c’est dans la commune que réside la force des peuples.

5- J’acte que le consensus est de règle, aboutissant à un compromis et donc à la collégialité.

6- J’acte de considérer le 50,1 % comme indiscutable.

7- Je reconnais qu’il faut attribuer 1 voix = 1 citoyen, tant pour les élections à la proportionnelle intégrale que pour les référendums.

8- Je prends conscience qu’en tant que souverain, j’ai le droit à l’initiative populaire et le droit au référendum facultatif tant pour une révision de la constitution que pour les lois et traités.

9- Je réalise que la subsidiarité du bas vers le haut est le fondement même de la démocratie.

10- Je découvre qu’il est moins humiliant d’obéir à un pouvoir qui se présente comme émanant de tous les citoyens que de subir la contrainte d’une force directe extérieure.

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