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PANORAMA
L’Entretien
n°5
« Je suis venu à la compétition par la technologie »
Le 1er février 2009, la foule des grands jours s’était donné rendez-vous aux Sables d’Olonne. Comme tous les quatre ans, les spectateurs étaient venus accueillir le vainqueur de « l’Everest des mers », le Vendée Globe – tour du monde à la voile, en solitaire et sans assistance. Malgré le froid, on avait pris place le long du chenal pour voir le frêle Foncia de Michel Desjoyeaux rentrer au port, dans un concert de sirènes, d’explosions de joie et de fusées, avec le sentiment d’assister à l’exploit d’un skipper hors-normes : à cause d’une avarie technique, « le professeur » avait dû faire demi-tour juste après le départ. Reparti avec deux jours de retard sur ses concurrents, il les avait dépassés un à un pour finalement conquérir son deuxième titre dans l’épreuve en 84 jours, 3 heures et 9 minutes, record battu.
Bac assez laborieusement puis je me suis consacré à ma passion. Comment est venue la compétition ? Mes parents n’étaient pas compétiteurs, ce n’était pas des accros de sport : pour sont les objectifs. La vie est faite d’opportunités qu’il faut savoir saisir, être au bon moment au bon endroit, et ne pas laisser passer sa chance, sans pour autant marcher sur la tête du voisin. Aujourd’hui, je veux simplement continuer à naviguer en faisant ce qu’il nombreux marins avec une grande notoriété. J’ai navigué avec Francis Joyon, Loïc Perron, je les ai côtoyés au quotidien, j’ai partagé des moments avec eux, mais je ne les ai pas considérés comme des fils rouges dans ma carrière. tation avec de nombreuses contraintes : une longueur maximum, une hauteur de mât maximum… Au skipper, avec l’architecte et son équipe, de créer, dans les limites de cette réglementation, le bateau le plus performant possible. Mais un bon bateau ne l’est que s’il correspond à son skipper et si ce dernier est capable de s’en servir. Il se trouve que j’adore la technologie, je suis aussi passionné par la conception du bateau que par la navigation. Au moment où je mets mon bateau à l’eau, je sais déjà m’en servir à 90%. Si je ne m’étais pas intéressé à la technique, je n’aurais peut-être pas ce palmarès. D’ailleurs, je suis persuadé que dans les courses au large, comme le Vendée Globe, un bon marin en solitaire ne peut pas se détacher de l’outil qu’il a entre les mains. Il est obligé de savoir comment il est fait et pourquoi. Cela lui permet de savoir comment s’en servir et d’en connaître les limites. Au rythme où va la technologie, comment garder toujours un temps d’avance ? Grâce au même ressort psychologique qui nous donne envie de dépasser notre concurrent en course. Les bateaux qui naviguent aujourd’hui embarquent presque tous des technologies qui étaient déjà accessibles il y a 20 ans. Mais soit on n’y avait pas pensé, soit on n’avait pas les moyens pour les utiliser, soit on n’osait pas. Aujourd’hui, il est très difficile de faire une innovation de
©2009 Francois Crampon
Comment avez-vous commencé à naviguer ? Je suis tombé dedans quand j’étais petit. Mes parents possédaient un chantier d’entretien et d’hivernage de bateaux de plaisance, la plupart à voile, où j’ai grandi et travaillé.
Quand on est élevé dans un tel environnement, on finit par tout connaître de l’architecture générale des bateaux, on navigue, on se prend au jeu. J’ai vite pris goût à la voile, ce qui a nuit à mon assiduité à l’école. J’ai eu mon