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CLUB ENTREPRENDRE
Leçons de maux
n°5
L’esprit de combat
Spanghero SA, ou l’épopée entrepreneuriale d’une famille de passionnés qui va successivement connaître la réussite, l’essor et la crise, jusqu’à voir son nom entaché par une obscure histoire de lasagnes au cheval. Point final ? Pas tout à fait.
U
ne famille blessée, insultée, dont le nom a été sali. Six frères taillés comme des armoires à glace bien décidés à laver leur honneur en reprenant leur bien. Ce pourrait être le pitch d’un film de Sergio Leone, façon « Western Spaghetti ». Mais dans l’histoire qui nous occupe, point de Far West mais le Sud-Ouest. Et au lieu de spaghettis, c’est au choix cassoulet local ou lasagnes au cheval.
et cassoulet L’histoire de Spanghero SA est indissociable de celle de la famille qui lui a donné son nom, célèbre dans la région pour avoir confié les six garçons de sa fratrie – Laurent, Walter, Jean-Marie, Claude, Gilbert et Guy – au club de rugby de Narbonne. Une présentation de leur pedigree sportif s’impose. Ces solides gaillards à la carrure impressionnante ont fait les beaux jours du rugby français dans les années 1960 et 1970, époque « cassoulet-bourrepif ». Walter, le troisième, était une force de la nature – 1m86 pour 100 kilos à 24 ans –, un deuxième ligne vif et dur au mal que les Springboks, dont on ne saurait remettre en doute la connaissance en matière de castagne, ont surnommé « l’homme de fer » à l’occasion d’une tournée en Afrique du Sud. En 1968, il a conquis le premier grand chelem de l’histoire du XV de France dans le Tournoi des 5 Nations. Claude, le quatrième, lui aussi
1970-2009 : rugby
de champion de France en 1979 avec le RC Narbonne, évidemment, dont il a porté le brassard de capitaine de 1972 à 1980. En prime, il compte 22 sélections avec le XV de France. L’autre passion de la famille, c’est l’entrepreneuriat. Walter ne s’est pas contenté d’être un leader sur le terrain, ce meneur d’hommes a aussi créé une dizaine de sociétés, de la location de véhicules à l’équipement sportif. Mais c’est Claude et l’aîné Laurent qui ont fondé Spanghero SA en 1970 à Castelnaudary, la capitale mondiale autoproclamée du cassoulet, située entre Toulouse et Narbonne. Une région qui s’y connaît en art culinaire. Ça fleure bon le magret de canard, le foie gras et le piment d’Espelette. L’entreprise de l’Aude se spécialise d’abord dans l’abattage. L’essai transformé, elle se diversifie dans les années 2000 dans la transformation des viandes et la production de plats cuisinés haut de gamme, dont, bien sûr, le cassoulet. En 2003, le groupe s’oriente vers le négoce spécialisé dans l’approvisionnement pour l’industrie alimentaire, avec la création de Guy Spanghero International (GSI). Mais avec la flambée du coût des matières premières, des céréales et de l’alimentation animale, conjuguée à la hausse du coût du travail, Spanghero rencontre des difficultés financières. Il n’est pas un cas isolé : alors que
occuper aujourd’hui la quatrième place, derrière les Etats-Unis, les Pays-Bas et l’Allemagne. Le pays de la
Directeur général jusqu’en février 2012, lorsqu’il rejoint la filiale d’un groupe agroalimentaire brésilien, Marfrig.
Chez les Spanghero, le linge sale se lave en famille gastronomie mériterait bien la cuillère de bois. Finalement, en avril 2009, la famille est contrainte de vendre sa société pour un euro symbolique à la coopérative basque Lur Berri. Cette dernière, qui possède désormais 90% du capital, y injecte La famille fondatrice a rejoint les vestiaires, les ennuis vont commencer.
2009-2012 : hors-jeu
indissociable de celle de la famille qui lui a donné son nom