references
PANORAMA
A la Une
n°5
Printemps arabe : quand
Le Printemps arabe restera dans l’Histoire comme un formidable mouvement de contestation spontanée des peuples du Moyen-Orient. Mais que reste-t-il aujourd’hui de ce souffle d’air frais passé sur la nuque des dictateurs ? Bientôt trois ans après le début des révoltes, les rapports de force politiques et religieux, la géopolitique internationale, ont repris leurs droits. Et plongé le simple observateur occidental dans le flou le plus total. Tentative de mise au point, pays par pays.
I
l était une fois, niché au cœur des sables de l’Orient, une vaste contrée où les rivières charriaient l’eau la plus pure qui soit, où le soleil jamais ne se voilait, où les jeunes gens ne demandaient qu’à vivre du fruit de leur travail. Malheureusement, sur ces terres, régnait un roi indigne, qui ne pensait qu’à s’enrichir, au détriment de son peuple, qu’il accablait de lourds impôts. Un jour, toute la jeunesse se
habitants du pays purent enfin connaître la paix et la félicité. voilà comment tout aurait pu se passer en Tunisie, en Egypte, en Libye ou en Syrie. Malheureusement, la géopolitique internationale, les jeux d’alliances régionales, les rapports de force politiques, l’emprise de certains groupes religieux plus ou moins modérés, n’autorisent pas ce type de scénario à la Walt Disney. Et après le Printemps
pour les non spécialistes, la situation est aujourd’hui d’une complexité extrême. Au point de ne plus savoir qui gouverne quoi, sous la menace de qui, et avec quel soutien.
POur LOngTEmPs ? Rappelez-vous, c’était le 17 décembre 2010. Pour la première fois, vous entendiez
TunisiE LA cOnfiscATiOn isLAmisTE… PLus
“Il n’y aura pas d’Hiver islamiste en Tunisie”
réunit sur la plus grande place de la plus grande ville, et cria son indignation. L’affreux despote, effrayé par le nombre, prit peur et s’enfuit. On ne le revit jamais plus, et les arabe, certains observateurs ont parlé d’« Hiver islamiste ». Pour filer la métaphore, on pourrait tout aussi bien fustiger un automne anarchiste. Car vu de France,
Antoine Sfeir
Les rapports de force religieux sont une composante majeure de la reconstruction politique des Etats du Moyen-Orient.
un nom que vous pensiez rapidement oublier : Mohamed Bouazizi. Un vendeur ambulant de fruits et légumes tunisien, qui venait de s’immoler à Sidi Bouzid, pour
« La démocratie ne peut pas cadrer dans certaines sociétés »
Après le Printemps arabe, tout l’Occident s’est mis à rêver d’une démocratisation en masse des pays du Moyen-Orient. Aujourd’hui, force est de constater que l’on est bien loin du compte. Et chacun de se demander si vouloir calquer notre modèle démocratique sur des systèmes de valeurs différents du nôtre est finalement une bonne idée. Anthropologue et directeur d’études à l’EHESS, Marc Abélès tente d’apporter des éléments de réponse.