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PANoRAMA
NOV. 2013
Depuis son premier mandat de Président du Conseil, Silvio Berlusconi semble régner sans partage sur l’Italie. Aujourd’hui que le Cavaliere est en passe d’être définitivement désarçonné, l’heure est donc au bilan pour celui qui, vu de France, ne vaut pas la corde pour le pendre. Mais qui a su séduire les Italiens pendant vingt ans.
M
acho, fascisant, corrompu, malhonnête, vénal, libidineux, vulgaire, incompétent. Depuis qu’il domine la scène politique italienne, le portrait que médias et observateurs dressent de Silvio Berlusconi est désastreux. Et tout le Botox du monde ne suffirait pas à sauver les apparences. Pourtant, le Cavaliere n’est pas de ces monarques recevant le pouvoir comme une chaîne de baptême, ni de ces dictateurs s’en emparant à la pointe du fusil. Non. C’est, directement ou indirectement, par le biais du jeu démocratique que le dirigeant de Fininvest et de Mediaset a par trois fois conquis le droit de gouverner, en 1994, 2001 et 2008. Alors, une ques-
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n°5
International
Berlusconi : « Poor lonesome Cavaliere »
CITÉ DES CONGRÈS
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NANTES
tion s’impose : comment les Italiens ont-ils pu remettre leur destin entre des mains aussi sales pendant près d’un quart de siècle ? Et l’on est tenté de répondre que, entre deux frasques, l’homme a aussi dû faire du bon boulot. « Non, tranche Hervé Rayner, docteur en science politique, chercheur à l’Université de Lausanne et spécialiste de l’Italie. Ça peut sembler extraordinaire, mais Silvio Berlusconi n’a pas dirigé pour l’Italie. On ne peut même pas dresser un bilan de ses politiques publiques. Il a dirigé pour lui, pour sauver sa peau. » Un constat partagé par le politologue et spécialiste de la politique italienne Philippe Moreau Defarges : « Vou-
loir rééquilibrer le bilan de Berlusconi est une intention louable. Malheureusement, il est impossible de trouver quelque chose de positif dans ses années de gouvernement ! » Pour comprendre cette triste curiosité politique, il importe de remonter aux origines du
vanche, il commençait de déployer ses tentacules. « Pour mener à bien ses affaires dans l’immobilier, Silvio Berlusconi a rapidement eu besoin d’appuis politiques, au départ en périphérie de Milan, explique Hervé Rayner. Même chose lorsqu’il se lance dans les medias. On parle alors de
de 100 millions de Lires, détaille Hervé Rayner. Sa survie dépend donc des banques, qui sont alors entre des mains publiques. La perspective de l’élection d’un opposant – qui sonnerait le glas du groupe Berlusconi – l’oblige donc à se lancer en politique. » Son bras droit de toujours, Marcelo
“Berlusconi a avant tout dirigé pour sauver sa peau ”