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CLUB ENTREPRENDRE
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n°3
Transmissions en question
Des milliers d’entreprises s’apprêtent à changer de main, pour le plus grand bonheur des candidats à la reprise. Mais sans stratégie préméditée plusieurs années à l’avance, le passage de flambeau peut déraper et mettre la société en péril.
n tiers des chefs d’entreprise a plus de 50 ans. Autant dire qu’ils seront potentiellement des centaines de milliers à céder leur société dans les 10 à 20 ans à venir. Selon Oséo, environ 700000 entreprises vont changer de main dans les 15 prochaines années. Le vieillissement démographique est à l’origine d’un enjeu économique crucial, pour les cédants et repreneurs, mais aussi pour les quelque 300000 emplois qui sont en jeu chaque année. Le délicat exercice de la transmission d’entreprise revêt donc une importance toujours plus grande, et demande plus que jamais d’avancer avec des pincettes. Une société française sur deux disparaît moins de cinq ans après sa création. Sur la même durée, les structures reprises affichent de meilleurs chiffres. Mais avec un taux de défaillance qui avoisine tout de même 20%, faut-il vraiment s’en féliciter ? « Il faut une véritable culture du domaine pour passer le relais sans encombre. La transmission est une équation complexe à résoudre », explique Bérangère Deschamps, maître de conférence à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Grenoble et chercheure au Centre d’études et de recherches appliquées à la gestion (CERAG) (1). « Dans
U
de nombreux cas, les démarches ne sont pas suffisamment réfléchies et anticipées, ce qui peut fragiliser considérablement l’entreprise », regrette Bérangère Deschamps. D’autant que le repreneur manque parfois de maturité et d’expérience pour diriger efficacement la structure, notamment dans le cas des sociétés familiales. L’âge moyen du repreneur est dans ce cas de 36 ans, contre 41 ans pour les autres entreprises. Les cédants affichent toutes sortes de profils. « Certains font trop confiance aux repreneurs, d’autres pas suffisamment. Il y a ceux qui dissimulent des informations, obsédés par la vente au prix fort. Il y a ceux qui souhaitent assister leur successeur à long terme, qui sont certains de vendre leur entreprise, avant de se rétracter… », énumère Bérangère Deschamps. La no-
entre les mains d’un nouveau venu, et plus encore de garder une objectivité pour mener un diagnostic réaliste et demander un prix raisonnable.
Couper le Cordon ombiliCal aveC soin Plus l’entreprise est petite, plus il est difficile pour le dirigeant d’être informé de manière pertinente sur les bons réflexes à avoir à l’aube d’une démarche de transmission. Chaque année, quelque 17000 PME employant de 5 à 100 salariés font l’objet d’une cession. En particulier dans ces cas de figure, le chef d’entreprise est souvent persuadé d’être le meilleur juge, et décide de se passer de conseils extérieurs. Pour Raoul Grandhomme, fondateur d’Access Crédit Pro, réseau de courtage en prêt professionnel principalement axé sur les reprises d’entreprises,
situations où les dirigeants se dispensent de l’avis de spécialistes, et constituent des dossiers peu convaincants qui n’aboutissent pas. Avec l’autorisation du repreneur, nous tentons dans certains cas de nous rapprocher du vendeur, en espérant lui expliquer les tenants et aboutissants de sa situation. » Les tensions imputables à la crise peuvent également être contournées. Puisque les banquiers sont avant tout intéressés par les montants disponibles en trésorerie en raison des garanties que ceux-ci représentent pour l’avenir, un dirigeant peut tout à fait envisager de laisser davantage de fonds et compenser son manque à gagner par une hausse du prix de cession. Ce dernier dépend directement de la valeur future de l’entreprise. « Continuer à investir, même à proximité de