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CLuB ENTREPRENDRE
L’Analyse
n°3
Savoir perdre pour mieux gagner
A quand une culture de l’échec en France ?
l y a un échec incontestable », reconnaît Manuel Valls devant la France au JT de TF1, à propos du fiasco de la fête organisée par le PSG au Trocadéro. Echec ? Le mot tabou est lancé, démontrant que le Ministre est acculé et ne peut noyer le poisson dans les synonymes. Car l’échec est une catastrophe en France, plus que n’importe où ailleurs. Il est imputable à l’individu et conduit à un jugement négatif sur la personne. « On ne fait pas confiance à quelqu’un qui a eu des échecs dans sa vie. Que ce soit dans l’éducation et encore plus dans l’entreprise, on entend plus souvent : “pourquoi as-tu échoué ?” plutôt que “qu’as tu as appris de cet échec ?” », constate Christian Rataux, animateur de la Fondation de la deuxième chance en Lorraine, créée à l’initiative de Vincent Bolloré. De plus cette notion est individuelle, contrairement à la réussite : “Nous avons gagné” mais “tu t’es planté”. « Car notre culture exige le recours à un bouc émissaire, l’échec n’étant pas assumé collectivement », assène Christian Rataux. A contrario, « le déboire est plutôt perçu dans les pays anglo-saxons comme une tentative qui n’a pas abouti, mais qui indéniablement rapproche la personne de son but », compare Marc Traverson, directeur associé d’Acteüs, cabinet de coaching et de conseil en management. Et ce qui pourrait passer pour une spécificité culturelle anecdotique se révèle un véritable fardeau.
«I
rie et fondateur de l’incubateur d’HEC. La jeune société américaine favorise le mécanisme d’essai-erreur, le rapport au risque est à l’opposé. « Quand
dix ans, on ne retiendra de lui que les derniers moments de la mort de sa société », indique Abdellah Mezziouane, Secrétaire général
client qui disparaît, d’un grand groupe qui vient sur la même niche, d’une dispute avec son associé », énumère Abdellah Mezziouane.
de la sortie de route prédomine. Les effets sont dévastateurs sur les femmes entrepreneurs par exemple, que suit Maïté Debeuret, cofon-
risque est enseignée. Daniel Cohen, entrepreneur en série autodidacte, fondateur de la société de coursiers ATV à Paris, dénonce la pusillanimité de ses propres enfants, « parce que le système éducatif leur a appris à fuir le risque ». Or rien de plus constructif qu’une déconvenue. « Je me souviens des débuts où, en ouvrant ma boutique, je m’attendais à une ruée de clients comme au premier jour des soldes. Cela n’a pas été le cas. Il a fallu apprendre, aller chercher les premiers clients. Le business est comme une relation amoureuse, on se renforce de ses déboires », assène Hapsatou Sy, fondatrice de la chaîne de salons de bien-être « Ethnicia » (renommée depuis « HapsatouSy »).
« big is beAutiful »
Au début il est allé très haut, et puis... en France il est grave d’échouer, il est là-bas grave de ne pas essayer », décrit Yseulys Costes, cofondatrice de la société de marketing interactif 1000mercis, qui a réalisé une partie de ses études outre-Atlantique. Cet anathème jeté sur celui qui rate atteint son paroxysme en matière d’échec entrepreneurial, de la CGPME Paris & Îlede-France. Le réseau s’éloigne mécaniquement, l’entrepreneur en situation d’échec devient le vilain petit canard et surtout l’institution le pénalise. Or le risque de se fourvoyer est conséquent. Celui qui démarre a une part de marché nulle et se place toujours dans la position du risque maxi-
générAteur de peur Stigmatisation à outrance et risque élevé dissuadent donc nombre de créateurs de passer à l’acte ou de récidiver. Dixhuit mois après la cessation d’activité de l’entreprise, 60% des ex-dirigeants ont retrouvé une activité. Tout le monde
opprobre