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PANORAMA
International
n°3
Raison close
Laxiste, permissif, règlementariste, abolitionniste... à chaque pays sa position, jamais la solution.
C
e 28 mars 2013 Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts, a le sourire aux lèvres dans l’Hémicycle. Sa proposition visant à abroger le délit de racolage passif – innovation « brevetée Nicolas Sarkozy » – a été votée par la majorité de gauche. La photo d’anniversaire des dix ans de cette loi ne plaidait pas en sa faveur. Le proxénétisme n’a pas diminué et les prostituées, pénalisées, précarisées, doivent exercer dans des zones isolées, se coupant des associations qui pourraient leur venir en aide. Le texte n’était d’ailleurs plus vraiment appliqué par le Parquet et la police, qui traitaient les situations au cas par cas. Une grande loi devrait clarifier les zones d’ombre cet automne, alors que Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, plaide carrément pour une abolition de la prostitution. Les égéries de Toulouse-Lautrec ne manqueront pas de manifester, comme en 2011 lorsque Roselyne Bachelot, ministre de la Cohésion sociale, parlait de sanctionner leurs clients. Vous avez dit embrouillamini ?
Si Najat Vallaud-Belkacem s’est rendue en Suède en novembre 2012, c’est peut-être pour y chercher l’inspiration, le pays ayant opté pour la pénalisation du client dès 1998, suivi dix ans plus tard par la Norvège et l’Islande. Un moyen détourné de prohibition, soutenu par des mouvements féministes et religieux, mais jugé « liberticide » par les professionnelles. La panacée ? Pas de l’avis de Marie-Elisabeth Handman, anthropologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) qui a dirigé l’étude « La prostitution à Paris », et souligne que « les clients traqués deviennent plus violents ». De plus, une telle politique nie la libre circulation des personnes. D’accord, la Suède a éradiqué le phénomène sur son territoire, mais la mafia
Tour du monde
russe réalise de juteuses affaires de l’autre côté de la frontière, au Danemark. Certains pays, comme la France, restent dans l’ambiguïté. Ainsi, la prostitution n’est pas illégale en Irlande, mais le racolage, le proxénétisme et les maisons-closes sont interdits. Résultat, le racolage se fait surtout sur Internet et beaucoup de lupanars “secrets” ont vu le jour. En Italie, la prostitution n’est pas illégale, au contraire de la prostitution organisée ou du proxénétisme. En 2008 le gouvernement a approuvé une proposition de loi visant à interdire la prostitution dans les rues, mais la loi n’a jamais été votée... Outre-Manche, l’heure est à l’intransigeance en surface et au « laisserfaire » en coulisse. Le « Policing and Crime Act » voté en 2010 punit d’une amende de 1000 livres l’achat de tout acte sexuel à des personnes prostituées “sous la contrainte” ou “sous le contrôle d’un proxénète”. Les noms des hommes pris à s’adonner au sexe tarifé peuvent être publiés dans les journaux, et le racolage est pénalisé. Mais selon une récente enquête*, il existerait près de 1000 maisons closes à Londres, dont 85% se trouveraient dans des zones résidentielles. Viennent ensuite les plus permissifs. Les Pays-Bas ont totalement dépénalisé la prostitution en 2000 mais tentent de la juguler, notamment à Amsterdam. Les lupanars catalans, près de la frontière, comptent parmi les mastodontes d’Europe,