La mobilité pendulaire durable : un défi collectif pour les entreprises

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Yves Benchimol

Par Yves Benchimol, CEO et cofondateur de WeWard.

TRIBUNE. Avec un taux de présence de 3,5 jours par semaine au bureau pour les salariés français (dont plus de 50 % qui s’y rendent 5 fois !), la France est championne d’Europe du travail en présentiel. Les déplacements pendulaires prennent une place clé dans le quotidien des salariés français, plus que partout ailleurs en Europe. 

À l’approche des JO à Paris, et alors que l’engorgement des centres-villes et la qualité de l’air posent toujours question en France, l’enjeu autour de la mobilité douce sous toutes ses formes, transports en commun, vélo, marche, doit devenir une priorité dans la stratégie des entreprises et des pouvoirs publics. La Mairie de Paris vient de s’emparer de la question, en présentant son plan climat pour 2030, qui allie la piétonisation de certains quartiers à la réduction de la vitesse sur le périphérique parisien, en passant par l’électrification accélérée de la flotte automobile de la ville.

Au tour des entreprises. Comment et surtout pourquoi doivent-elles redonner envie aux salariés de marcher, pédaler, covoiturer ?

Changer les habitudes

Avec 13 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) des transports qui proviennent des déplacements entre le domicile et le travail, ces derniers représentent une opportunité significative de réduire notre impact. Ils doivent constituer un pas de plus vers nos objectifs climatiques pour 2030 et 2050 face auxquels la France accuse toujours un retard. Les forfaits mobilités durables sont certes une première étape importante pour faire évoluer les pratiques, mais sont encore méconnus et peu appliqués (Toluna-Harris). De plus, les infrastructures et offres de mobilité douce sont encore trop peu développées en France par rapport au reste de l’Europe. Résultat, la voiture reste le mode de transport privilégié par 75 % des salariés, et même pour 60 % d’entre eux qui effectuent des courts trajets de moins de 5 kilomètres.

Il est crucial de sensibiliser davantage les salariés à des alternatives viables et de promouvoir activement les avantages de la mobilité douce. ​​Pour les entreprises, en tant qu’acteurs majeurs de la vie professionnelle de leurs employés, l’enjeu est de créer un environnement propice à l’adoption de modes de transport durables, que ce soit à travers des incitations financières, des infrastructures adaptées ou des partenariats avec des services de mobilité.

Cela peut se traduire par la promotion du covoiturage, l’installation d’infrastructures adaptées pour les vélos, ou encore la mise en place de politiques flexibles permettant aux employés d’adopter des horaires de travail plus compatibles avec des modes de transport alternatifs. Il existe déjà le forfait mobilité durable, mais on peut aller encore plus loin en intégrant par exemple la marche dans le dispositif. Avec une indemnité kilométrique versée par les entreprises pour leurs employés qui se rendent à pied sur leur lieu de travail, on agit concrètement à plusieurs niveaux : écologique, sanitaire et urbain, avec un meilleur partage de l’espace public, une ville moins polluée, plus silencieuse.

L’art de gamifier les mobilités

Il est donc urgent d’agir en priorité sur la diversification de l’offre proposée, et qui entraînera une augmentation significative de la demande. Pour motiver les salariés français à privilégier les mobilités douces, le levier de la gamification doit être utilisé en priorité pour stimuler l’engagement. En appliquant les codes et les mécaniques attachés des jeux vidéo à des secteurs auxquels ils n’étaient pas destinés, on crée une expérience qui dépasse l’enjeu de déplacement et lui donne un autre intérêt. Introduire ce mécanisme aux questions de mobilité peut se traduire par des bonus covoiturages, vélo ou marche, ou des concours internes qui récompensent le meilleur covoitureur, le meilleur cycliste ou marcheur de la société. Par la gamification de la mobilité pendulaire, les entreprises rempliraient alors plus concrètement leurs missions de sensibilisation et d’engagement à ces enjeux sociétaux majeurs.

Plus que l’intérêt ludique et l’esprit de compétition que peuvent représenter des jeux ou concours autour de la mobilité, la gamification renforce également la dimension sociale entre collègues autour d’une problématique qu’ils connaissent tous. Gamifier la mobilité stimule l’intérêt des salariés et instaure une notion de marque employeur, des valeurs tant recherchées par les entreprises. La poursuite d’objectifs globaux en termes de mobilité pendulaire durable permettrait aux salariés et à leurs employeurs de créer un véritable engouement autour des pratiques responsables.

Le devoir d’agir des entreprises

Pourquoi les entreprises et les pouvoirs publics devraient-ils s’investir activement dans cette transition vers une mobilité pendulaire durable ? Les raisons sont multiples. Tout d’abord, cela contribue directement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En 2022, le secteur des transports a émis 4,5 MtCO2e de plus que son objectif initial (130,5 MtCO2e au lieu de 126). Ensuite, cela améliore la qualité de vie au travail en réduisant le stress lié aux trajets, favorisant ainsi la productivité et le bien-être des employés. 29 % d’entre eux pensent que la mobilité liée à leurs déplacements domicile-travail a un effet négatif sur leur santé mentale.

De plus, les entreprises peuvent renforcer leur image de marque en adoptant des politiques de mobilité durable. Les consommateurs et les talents recherchent de plus en plus des entreprises engagées socialement et écologiquement. 57 % des jeunes diplômés estiment que les engagements sociaux d’une entreprise sont les plus importants dans le cadre d’une recherche d’emploi. Ils sont 38 % à le penser pour les engagements environnementaux. S’investir sur ce sujet devient donc un élément différenciateur sur le marché, favorisant l’attractivité de l’entreprise.

Repenser la mobilité pendulaire durable est un défi collectif qui nécessite l’engagement actif des entreprises et des pouvoirs publics. Cela implique non seulement la mise en place d’infrastructures et d’incitations, mais aussi un changement culturel et une sensibilisation continue. Les Jeux olympiques et paralympiques à Paris offrent une occasion unique de catalyser cette transition vers une mobilité plus respectueuse de l’environnement. Il est temps d’agir, de redonner envie aux salariés de marcher, pédaler, covoiturer, et de faire de la mobilité durable une réalité quotidienne pour tous.

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